Ces jours-ci quelques situations frappantes m’ont poussé à vouloir écrire cet article. Ce que nous abordons ici au sujet de l’enfant vaut pour l’adulte au cœur de sa spiritualité grandissante. Indirectement cet article peut donc avoir un impact positif sur votre spiritualité.

Tout bébé, l’enfant n’a aucune représentation de son environnement et il ne peut encore voir, comprendre, observer, penser… Il en est au stade où seul le contact à sa mère et aux sons familiers le rassure, le nourrisse. Puis, peu à peu, il s’ouvre à l’environnement proche, son univers prend forme. Mais ce dernier reste très limité. Il n’a même pas idée de ce qui est au-delà des quelques mètres qui l’entourent. Son univers s’élargit doucement mais reste bien petit. Cependant, il a déjà de nombreuses émotions et les manifeste.

Le sentiment conscient de soi apparaît dans les premières années

Jusqu’à l’âge de deux ans environ, il n’a pas l’idée d’un soi conscient. Des scientifiques l’ont démontré avec le test que voici : sans qu’il s’en rende compte, l’enfant se fait peindre un gros point vert sur la joue droite, puis il se retrouve face à un miroir. Les enfants de plus de deux ans se touchent alors spontanément la joue après avoir remarqué la tâche verte. Ceci indique qu’ils associent l’image dans le miroir à eux-mêmes. Ils ont une « idée d’eux-mêmes » en tant que sujet. C’est le signe de la perception d’un « soi ». Alors que chez les enfants plus jeunes la vue de « l’enfant dans le miroir » ne déclenche pas ce geste de toucher leur propre joue. Pour eux, la perception dans le miroir ne fait pas s’élever la perception du soi (moi, je, ego) de l’observateur qu’ils sont.

Le sentiment conscient de soi apparaît dans les premières années.

Jusqu’à l’âge de six ans, l’enfant va peu à peu s’affirmer mais en restant plus intimement lié à la mère et au foyer familial comme refuge, source de protection, d’amour et d’encouragements…. dans l’idéal. Nous passerons sous silence les cas où son environnement n’est pas de cet ordre. Jusqu’à l’âge de six ans, l’enfant développe son autonomie mais garde un « cordon ombilical de sécurité » : l’expression de son individualité n’est est qu’à son début.

Puis, vers six ou sept ans, l’enfant prend un peu le large et découvre un autre cercle qui vient se substituer à celui de la mère : le cercle des amis, les « bandes ». C’est alors l’époque où il s’affirme de plus en plus et prend de la distance par rapport à ses parents. Le mot distance signifiant ici « autonomie grandissante » plutôt que séparation. Avant cette période, l’enfant a déjà entamé le processus qui s’amplifie fortement à ce moment-là. C’est à l’âge adulte qu’il volera de ses propres ailes.

A chacun de ces stades, il est nécessaire de satisfaire les besoins de l’enfant si nous voulons qu’il s’épanouisse.

Nous n’irons pas plus loin dans le développement de l’autonomie au fil des périodes de la vie car l’objet de cet article concerne les enjeux de ces deux premières périodes. Ce qu’il s’y joue peut avoir une très grande incidence sur votre capacité à vous éveiller !

La confiance en soi du petit bouddha

Sur le chemin spirituel, l’individu va peu à peu identifier les couches de sa psyché qui le séparent de l’éveil, de sa nature profonde, de sa nature de bouddha. Celles-ci sont nombreuses et façonnées par des facteurs environnementaux et intérieurs. Il sera surtout encouragé à les dépasser pour s’en libérer. Car c’est en accédant à ce qui caractérise les couches profondes inconditionnées universelles de son esprit qu’il pourra reconnaître CE QU’IL EST VRAIMENT, c’est-à-dire reconnaître ce qui fonde son être indépendamment de tout ce qui est changeant en son esprit. Car comment pourrait-il définir sa nature profonde par ce qui est changeant en son esprit ?

Pour accéder à la compréhension de sa nature profonde, sa nature de bouddha, l’individu pourra cultiver le calme mental, apaiser ses passions, aiguiser son discernement en écoutant, réfléchissant et méditant ce que les maîtres de sagesse proposent comme voies.

Pour cela, il devra régulièrement faire peur de courage, de vaillance voire d’audace ! Car il en faut de l’audace pour oser braver ses idées reçues, conditionnements, passions  et vues erronées ! Il lui en faudra du courage pour ne pas laisser certaines tendances négatives prendre les rênes de sa vie et lui faire obstacle sur la voie de l’éveil.

C’est précisément lors de la petite enfance que les tendances au courage, à la vaillance et à l’audace se développent.

C’est en félicitant un enfant lorsqu’il ose avoir des initiatives qu’on l’aide à se construire. C’est le rôle des parents, des proches et du système éducatif. Certaines approches pédagogiques s’y efforcent, mais combien d’enseignants mesurent l’importance de leur rôle sur ce point? En tant qu’ex-enseignant, je dois avouer que j’ai croisé des enseignants très différents en la matière. Les uns remarquables et les autres déplorables. Un jour où j’étais de garde pendant la récréation, lors d’une belle journée d’hiver ensoleillée en région parisienne, je venais de déguster un café bien chaud avec mon collègue dans la cour de récréation quand une de mes élèves remarqua que nous avions terminé. Je m’y vois comme si c’était hier. Elle se présenta à nous avec un grand sourire et beaucoup de générosité et gentillesse :

« Maîtres, est-ce que je peux rapporter vos tasses en salle des maîtres ?

Mon collègue grogna : Laisse-nous tranquilles ! Tu vois bien qu’on parle ! »

Je fus choqué mais pas surpris. Mon collègue me faisait un long discours sur l’école laïque et il n’avait pas vu-regardé arriver toute la bonté d’une enfant de huit ans. En fin d’année, pour fêter mon départ de l’école, au nom de l’équipe pédagogique, il m’offrit un joli livre sur l’école de la République et Jules Ferry. Je l’ai accepté avec attention mais non sans arrière pensée…

L’adulte a une grande part de responsabilité dans le développement d’un enfant. L’adulte que nous sommes a été façonné par les moments où nous avons été encouragés lorsque nous avons osé, qu’on ait réussi ou non.

L’enfant doit être encouragé pour ses initiatives et non pour ses réussites. L’enfant ne va pas systématiquement réussir, mais ses essais-erreurs sont à encourager. Car si on place notre reconnaissance sur ses réussites, on va créer une forme de peur de l’échec. L’enfant, puis l’adulte qu’il sera, aura peur d’être jugé, peur des conséquences, peur de l’opinion des autres…  Il va même s’autocensurer lorsqu’il aura des idées de génie ! Le manque d’encouragement, le manque d’approbation… sont la recette parfaite pour « castrer son génie ». L’individu qu’il deviendra sera sans cesse à la recherche de l’approbation, ou se bridera, au lieu de voler de ses propres ailes avec brio.

En revanche, s’il est encouragé dans ses initiatives, il va oser cultiver et affirmer son unicité. C’est uniquement dans ces conditions que tout son potentiel va pouvoir se déployer, se manifester, pour son bien et celui d’autrui. La méditation et les encouragements d’autrui sont deux puissants leviers qui peuvent l’aider en ce sens.

Impact sur votre capacité à vous éveiller

Le bébé et l’enfant ont besoin de compter sur leur environnement. Lorsqu’ils se sentent en sécurité, ils vont pouvoir s’épanouir. Il est donc primordial que les parents, l’entourage et le système éducatif prennent en compte ces besoins par des actes quotidiens et systématiques.

Sur un plan spirituel, les maîtres de sagesse sont aussi attentifs à cela chez l’adulte. En effet, l’éveil est à l’adulte ce que l’épanouissement est à l’enfant. Pour s’épanouir spirituellement, l’adulte a besoin d’un environnement où il se sent en confiance, en sécurité, écouté, encouragé… Sans ces conditions, il ne pourra pas s’engager efficacement sur les voies spirituelles qui lui sont proposées pour pacifier et transcender ses conditionnements, ses émotions perturbatrices… Le contexte de la transmission spirituelle et la qualité de la relation avec vos guides sont donc capitaux.

C’est pourquoi, les maîtres de sagesse sont dotés d’une grande patience et de beaucoup d’empathie. Ces qualités proviennent du long cheminement où ils ont dû eux-mêmes dépasser de nombreux obstacles extérieurs, intérieurs, secrets et très secrets. Les hagiographies des maîtres sont pleines d’exemples à ce sujet. Leur parcours leur a permis de développer des compréhensions qui font naître amour et compassion spontanés : ils savent que l’échec n’est pas à noter mais que les essais-erreurs formateurs sont à encourager. La voie du Bouddha est profondément non-culpabilisante. Elle est essentiellement formatrice, valorisante et libératrice.

Étude Réflexion Méditation

La voie du Bouddha s’est déclinée en de nombreuses traditions et écoles au fil des millénaires. Toutes, à leur façon, associent étude, réflexion et méditation. Certaines mettent l’emphase sur l’étude quand d’autres se polarisent fortement sur la pratique de la méditation sous de nombreuses formes. En Occident, du fait d’un haut niveau de scolarisation, nous avons le goût pour l’étude et la réflexion. Nous avons besoin de comprendre pour pratiquer la méditation. Nous avons besoin d’étudier les rouages des pratiques complexes sans quoi on rechigne à les pratiquer assidûment.

Tout l’art des guides consiste donc à doser judicieusement le cocktail étude/réflexion/méditation. Mais c’est la méditation elle-même qui produit les plus fortes avancées. Car l’intellect n’y suffit pas : si les mots suffisaient pour produire notre éveil, notre humanité serait déjà peuplée uniquement d’être éveillés. Les grands sages qui ont marqué l’histoire des religions auraient éveillé tous les êtres. Tel n’est pas le cas. Il est donc de notre responsabilité individuelle de nous engager personnellement sur le chemin.

Cet engagement devient puissant si nous dépassons quelques obstacles précisément en lien avec  la peur de l’échec, la peur d’oser ou le manque d’audace. Entrer puissamment et durablement sur la voie d’éveil du Bouddha commence par réparer cette part de vous qui pense que l’éveil ce n’est ni pour vous ni à votre portée. Si vous pensez cela, c’est que vous êtes sous l’influence d’idées reçues erronées et de facteurs mentaux liés à la peur de l’échec, la peur du jugement de l’autre, le manque d’audace… Ces tendances sont fréquentes et remontent à la petite enfance, nous venons de le voir. Elles sont aussi entretenues par de nombreux facteurs sociétaux et culturels.

Si vous souhaitez vous offrir ce que tous les sages ont réalisé par l’expérience directe, il est stratégique de commencer par accepter de ne pas être un « bon méditant », accepter de prendre du temps pour étudier/réfléchir/méditer, accepter d’être curieux, oser penser que l’éveil n’est pas le lot d’une élite mais bel et bien votre nature profonde déjà là ici et maintenant !

Accepter de ne pas être un « bon méditant »

Faites-vous partie de ceux qui pensent que méditer c’est ne pas avoir de pensée ? C’est une idée reçue fatale à vos avancées spirituelles.

Pensez-vous que l’éveil ce soit pour une autre vie ? Si oui, alors pourquoi de très nombreux maîtres se sont-ils éveillés dans leur vie ? Vous avez décidément bien serré le frein à main !

Accepter de prendre du temps pour étudier/réfléchir/méditer, accepter d’être curieux

Avez-vous 30 minutes par jour à consacrer à votre éveil ? C’est un « minimum syndical » non négligeable.

Avez-vous exploré et réellement pratiqué plusieurs voies spirituelles profondes? Avez-vous écouté et pratiqué intensément et durablement les instructions de plusieurs maîtres ?

Oser penser que l’éveil n’est pas le lot d’une élite mais bel et bien votre nature profonde déjà là ici et maintenant !

À l’heure où la science commence à percer les mystères de la conscience, êtes-vous prêt pour découvrir des moyens modernes et innovants qui unissent science et voie du Bouddha ?

Acceptez-vous la mission ?

Ce serait encourager le bébé bouddha que vous êtes.

Pour aller plus loin :

Bouddha : Le Grand Rêveur – Tout le monde mérite d’être bouddha.