Voie de la méditation 2/2

Photo Frédéric Anderson

Une pratique de la méditation incarnée

Dans une série d’articles abordant les 3 piliers du chemin spirituel (étude, réflexion et méditation), je pose quelques jalons essentiels pour y voir plus clair. Nous abordons aujourd’hui la place de la méditation.

Toute pratique spirituelle qui ne saurait s’enraciner dans nos réalités ménagères, professionnelles, sociales et les servir, est une pratique spirituelle incomplète voire néfaste. C’est pourquoi le discernement et la compréhension au coeur de la voie spirituelle sont indispensables. Ces deux capacités s’aiguisent par l’étude et la réflexion.  La méditation permettra de les « améliorer ». Une bonne base d’étude théorique et de réflexion permet de donner du sens à la pratique et de l’ancrer dans le quotidien. C’est un point essentiel hélas trop souvent négligé. Combien de pratiquants semblent désincarnés et chercher un nirvana qui serait un « ailleurs » ? Très nombreuses sont les personnes qui « rêvent » leur spiritualité au lieu de l’incarner, au lieu de la vivre au coeur de la cité, auprès des autres.

Bien que le bouddhisme tibétain soit teinté de mystères, de magie, de secrets et d’exotisme… vous verrez que mon approche est concrète et pragmatique. Si les outils utilisés en méditation semblent souvent « déconnectés du monde », il est très important de sans cesse revenir au sens et à la visée des réflexions et des méditations.

La méditation : le turbo !

Si l’étude et la réflexion permettent de développer une forte motivation pour la pratique spirituelle, c’est la méditation qui va peu à peu donner naissance aux feuilles, aux fleurs et aux fruits qu’il nous sera donné de gouter. La méditation va permettre de faire descendre notre compréhension intellectuelle « au niveau du cœur ». Les concepts deviendront réalité en notre être. Et là je dois dire que mes années de retraite m’ont montré avec force combien c’est la pratique méditative qui m’a fait avancer. Bien qu’encore imparfait sur bien des points, j’ai cependant vu quelques merveilles s’élever, j’ai vu et senti des transformations profondes grâce à la méditation sur le long terme. Je sais donc que mon manque d’investissement en méditation avant mes longues retraites fut une perte de temps. Mais positivons : je suis passé « à la moulinette » de deux longues retraites (une année puis quatre années coupé du monde) et c’est là l’essentiel : j’ai médité quelques dizaines de milliers d’heures, j’ai pu investir tout mon être en la méditation. Oh ! Je ne fus pas parfait… combien de fois me suis-je loupé au réveil à 3H30 ? Combien de fois me suis-je chamaillé avec certains camarades retraitants ? Chamailler est même un peu faible… lol  quoi qu’il en soit, je me suis adonné à la méditation, en partant de mon chaos, en découvrant certaines zones d’ombre et certaines pépites en chemin, en me laissant surprendre par des « graines karmiques négatives arrivées à maturation » (oh que c’est bien dit ! En d’autres mots mon sal caractère.) … Mais tout cela eut lieu dans un contexte dédié à l’accueil de ce que nous sommes et dédié à la transformation. Dans le contexte magnanime de telles retraites, les règles sont claires : nous sommes tous imparfaits et nous atteindrons tous l’état de bouddha… un jour ! Tout cela aurait tout aussi bien pu se produire dans le monde… Notre quotidien, associé à la pratique, est le parfait terrain où nous offrir de belles transformations. Le quotidien peut être un excellent maître: si nous savons l’appréhender avec discernement.

Photo Frédéric Anderson

C’est trop tard !

Il m’est souvent dit « J’ai beaucoup de colère, que dois-je faire face à quelqu’un qui m’énerve? ». Mon expérience m’a montré qu’il n’y a rien à faire ! C’est trop tard ! Vous n’avez qu’à endurer votre tempérament coléreux ! Ok, j’exagère… à peine !

C’est pourtant vrai : face à quelqu’un qui nous énerve on ne peut que constater dans quel état « il » nous met, dans quel état NOUS sommes. S’il nous met en colère, cela signifie que notre amour, notre compassion, notre tendresse ne sont que théoriques et non encore effectifs !

Nous pouvons vivre de longues périodes de notre vie sans prendre conscience des facettes noires de notre tempérament, il faut attendre des circonstances particulières pour les voir se manifester. La retraite de trois ans, qui est une véritable « cocotte minute » fut pour moi fort riche en ce genre d’expériences ! La méditation peut aussi avoir ce rôle : nous placer face à nous-mêmes. C’est pour cela que de nombreuses personnes fuient la méditation, se retrouver assis en méditation face à elles-mêmes n’est pas si confortable… Mais ce face-à-face est un moment d’une grande richesse.

Méditons !

Revenons à cette personne qui nous agace, qui nous met en colère. Après un temps de pratique « significatif », nous CONSTATERONS que cet agaceur publique ne nous gêne plus. Nous verrons que face à lui notre réaction est fraîche et nouvelle : nous ne sommes plus agacé, plus en colère, et nous pouvons même avoir de bons sentiments à son égard bien qu’il puisse être agressif, hautin, arrogant… Notre patience, notre amour et notre compassion, jadis intellectuels, sont devenus EFFECTIFS. Ces qualités sont descendues de la tête au cœur. C’est le fruit de la méditation.

S’il suffisait de l’intellect pour régler nos problématiques, nos émotions, nos peurs… alors il serait possible de pacifier autrui par le discours. Mais il n’en est pas ainsi. Tous les maîtres de sagesse (Bouddha, le Christ, les prophètes…) n’ont pu libérer et éveiller tous les êtres. Ils ont eux-mêmes eu de nombreux ennemis. Chaque individu doit passer par un travail personnel de « polissage de son esprit ». L’étude et la réflexion en sont deux préliminaires importants, mais la méditation en est l’agent principal.

La méditation prend de multiples formes, quelle soit silencieuse, chantée, en mouvement ou immobile, elle est toujours un moment où l’on focalise notre attention sur un « objet », sur une « intention ».

En tibétain le mot méditation se dit Gom. Ce mot pourrait se traduire par « familiarisation », « habituation ». La méditation est donc un moment où l’on habitue notre esprit à demeurer posé sur un objet de méditation, posé en une intention (amour, compassion, douceur…).

Les diverses formes de méditation ont des visées diverses :

– poser notre mental

– pacifier des émotions

– développer des qualités

– dépasser des problématiques

– développer la créativité

– reconnaître notre nature profonde

– développer des potentiels

– incarner des qualités

– …

La science a démontré que la méditation a de grands bienfaits sur le corps (diminution de la pression artérielle, amélioration des défenses immunitaires…).

Photo Frédéric Anderson

Pure folie ?

Les bienfaits des diverses formes de méditation sont vastes et profonds. Nous sommes particulièrement gâtés ! Tout cela nous est accessible, nous avons le temps et les capacités nécessaires pour peu à peu nous y adonner. Ne pas nous offrir ces trésors sera pure folie… non ?

Sur ce blog je me propose de poser quelques jalons par l’étude et la réflexion, puis de transmettre des outils de méditation concrets. Dans le va-et-vient entre étude, réflexion et méditation, l’étude nous donne la capacité à réfléchir, la réflexion nous permet de nous observer, de nous remettre en cause, de nous connaître, de comprendre le « pourquoi du comment » de la voie spirituelle. Mais c’est la méditation qui est surtout transformatrice.

Puissent les fruits de la pratique croitre grâce au sol fertile de notre diligence en l’étude et la réflexion.

Puissent les fruits de la pratique murir grâce à la pluie de souhaits des sages.

Puissent les fruits de la pratique murir sous le soleil de nos méditations.

Puissent les fruits de la pratique devenir exquis du simple fait de notre nature profonde fondamentalement bonne et éveillée.

Articles déjà parus:

Les grands axes du cheminement spirituel

 

Articles à venir:

Que devons-nous étudier?

Types de méditations et leur visée

Ces articles, bien qu’enracinés en la tradition himalayenne, seront aussi en lien avec les autres traditions.

 

Voir les deux premiers piliers: étude et réflexion

 

 

3 comments

  • […] Voie de la méditation 2/2 […]

  • Michèle (5 années)

    Merci pour la méditation que vous nous avez proposée hier à Maule, une approche pragmatique de notre vie ! On peut avoir du mal à comprendre le rapport entre la méditation et notre vie de tous les jours : un fossé, non, un précipice ! Et pourtant, si on accepte de lâcher toutes nos préoccupations pour se donner le temps d’un quart d’heure, une heure… à vivre autre chose, quel retour évidemment absolument inattendu nous pouvons vivre ! Je voudrais vous soumettre ma problématique d’aujourd’hui, justement à propos de mon quotidien. Je travaille dans un grand groupe qui vient de subir une réorganisation, le travail devient inefficace, les circuits très obscurs, l’absurde côtoie l’injustice, chacun se renferme dans ses peurs, les pressions se renforcent car évidemment le rendement est moindre, dans un climat de plus en plus délétère… J’oscille, non c’est un euphémisme, je bascule entre mon besoin naturel d’aider, et la déception, le découragement… En ce moment, je serais plutôt en phase d’humour grinçant, ce qui m’évite de me faire totalement absorber, mais qui n’est pas non plus très positif. Je parle de mon expérience, car je suis loin d’être la seule à éprouver ce genre de malaise. Combien sommes-nous à vivre cette dichotomie dans le monde du travail, où nous passons la moitié de notre vie dans l’insatisfaction et l’incomplétude ? Ces conditions sont pourtant celles qui peuvent me permettre de grandir, puisqu’elles sont ! De plus, de quoi suis-je en train de me plaindre, alors que tant de personnes sont sans emploi, et que par ailleurs nous vivons dans le meilleur des mondes par rapport à l’histoire et à la géographie de l’humanité ? Mais ce n’est pas par comparaison que les choses avancent, on le saurait ! « Notre quotidien, associé à la pratique, est le parfait terrain où nous offrir de belles transformations. Le quotidien peut être un excellent maître : si nous savons l’appréhender avec discernement » dites-vous ci-dessus ! Merci pour ce bel encouragement !

    • Arnaud Guétcheu (4 années)

      J’a bien tardé à vous répondre… c’est chose faite :
      Combien sommes-nous à vivre cette dichotomie dans le monde du travail, Vous écrivez :
      « Combien sommes-nous à vivre cette dichotomie dans le monde du travail,où nous passons la moitié de notre vie dans l’insatisfaction et l’incomplétude ? »
      L’insatisfaction et l’incomplétude ne vient pas de l’environnement dans lequel nous évoluons. L’insatisfaction et l’incomplétude sont des sentiments PERSONNELS intérieurs. Notre environnement est juste le révélateur (le miroir) de notre incomplétude, de notre insatisfaction. A l’opposé, quelqu’un empli de complétude et de satisfaction peut vivre dans les environnements les plus hostiles… Il est dit que le Bouddha plonge en en fer comme un cygne en l’eau glacée !
      Pour répondre à votre question, l’extrême majorité des êtres sur cette planète attribue à l’extérieur les causes de leur malheur ou de leur bonheur. C’est une façon erronée de considérer notre condition. TOUT dépend de NOUS ! Dans x années vous verrez que les MEME situations n’auront plus le même impact sur vous, à condition qu’un travail intérieur conséquent est effectué.
      Voici un excellent livre qui permet d’intégrer les obstacles sur la voie :
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      Il servira de point d’appui à un enseignement que je donnerai régulièrement sur Paris.
      Pour conclure pourriez-vous me dire quels sont vos 3 principaux obstacles en méditation ou dans la vie ?
      Bien à vous.

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