Vous avez sans doute déjà entendu cette phrase « tout est illusion ». Vaste et profond sujet. Le terme illusion recouvre plusieurs aspects, ici je vous propose d’en aborder deux: la saisie du soi-ego et la nature illusoire des apparences (perceptions sensorielles).

Dans le cadre du programme Touchez le Bouddha L’expérience, où nous explorons la notion de vacuité des apparences, Alain m’a posé cette question

Puisque tout émane de l’esprit, peut-on dire que l’illusion est son rayonnement aussi ?

Oui et oui. On peut entendre cette phrase de deux façons. Je réponds donc sous ces deux angles.

Écouter la séance audio

Je vous conseille la séance audio car l’écoute met en jeu des mécanismes différents de ceux de la lecture. De plus, la séance audio comporte quelques éléments de plus que l’article écrit.

Article écrit

A lire doucement, en prenant le temps de « toucher le sens des mots ».

 

La méprise

Tout d’abord rappelons que ces propos se placent dans le cadre de l’étude et de la méditation de « la nature des phénomènes perçus« . Car le Bouddha a enseigné que la façon dont les « choses » nous apparaissent est différente de leur vraie nature. On se méprend sur la nature de ce que l’on perçoit. La nature des phénomènes et la façon dont nous les appréhendons sont différentes.

Alain demande :

« Puisque tout émane de l’esprit, peut-on dire que l’illusion est son rayonnement aussi ? « 

 

Voici ce que nous pouvons méditer à ce sujet.

Si par « illusion » on entend « méprise », alors oui l’illusion-méprise est aussi l’esprit donc vacuité. C’est à dire que la méprise n’existe pas de son propre côté de façon indépendante. Si l’illusion-méprise existait VRAIMENT alors elle serait une « réalité tangible véritable à tout jamais« , alors elle ne pourrait disparaitre. Notre expérience démontre le contraire :

Considérons l’exemple du tout petit enfant devant la télévision : dans un premier temps, il perçoit les apparences sur l’écran comme étant de VRAIS personnes; puis par la suite il va réaliser qu’il se trompait. Alors l’illusion qui façonnait sa vue erronée a disparu. Car l’illusion-méprise émerge uniquement sur la base de la méprise, elle n’existe pas en elle-même de façon permanente. Si la méprise existant « vraiment », le tout petit enfant devrait voir de VRAIS personnages tout au long de sa vie à l’endroit de l’écran de télévision. La méprise est donc vacuité et le fait de l’esprit. Elle se produit mais n’a aucun fondement.

L’esprit est un vrai créateur magique, il nous faire croire à des illusions… qui s’évanouissent au moment où on reconnait leur nature illusoire.

Être sous l’emprise de l’illusion c’est comme être dans une pièce relativement obscure, y voir un serpent et partir en courant.
Reconnaitre le caractère illusoire de certains phénomènes c’est allumer la lumière dans cette pièce et voir qu’il n’y a qu’une corde.

Passer d’enfant à adulte

S’éveiller à la nature des phénomènes c’est passer du petit enfant devant la télé à l’adulte devant la télé. Dans les deux cas le scénario du film reste le même, mais la nature des apparences est reconnue. Le cinéma, les médias, les JT, le marketing… et les tantras connaissent toutes les clés de la magie des apparences et leurs puissance ! Chacun de ces domaines ayant des visées différentes.

Reconnaitre le caractère illusoire des phénomènes amène l’expérience directe que la méprise est un phénomène de l’esprit. C’est un premier pas, car la reconnaissance peut ne pas suffire, des mécanismes subtiles profonds peuvent encore subsister dans notre conscience base de tout après la reconnaissance. C’est toute la puissance de l’inconscient qu’il reste à « purifier » sur le long terme après la reconnaissance. Les tantras déploient leur véritable puissance à partir de ce moment là. Ce sont ces mécanismes qui façonnent votre esprit, y compris après la reconnaissance, et vous conduisent à avoir peur de ce serpent (tout en bas de page) alors que vous savez pertinemment que ce n’est qu’une image sur un écran (qui émane en votre propre esprit). Les doses homéopathiques de peurs entretenues par les médias entretiennent un sentiment qui a de nombreuses incidences. Par des études cliniques à grande échelle, les scientifiques ont démontré par exemple qu’il induit une chute significative du système immunitaire. Ainsi, notre pouvoir d’imagination-méprise a un réel pouvoir sur le corps. Songez aussi à tout ce que réveillent des souvenirs comme sensations agréables ou désagréables !

Soi de la personne et soi personnel

L’adulte qui croise un Père Noël sait que petit enfant il se méprenait, et que le Père Noël n’a JAMAIS existé si ce n’est dans « la réalité » du petit enfant. Le « Père Noël vraiment expérimenté » (par le petit enfant), naît en l’expérience du petit enfant sur la base de la méprise. La « naissance » du « vrai  » Père Noël en l’expérience de l’enfant, au point de lui faire peur au moment de prendre la photo 😉 ne peut se produire que sur la base de la méprise. Cette « vraie » existence du Père Noël, la saisie de ce Père Noël est ce qu’on appelle la saisie du soi de la personne (Père Noël). De la même façon on peut saisir la corne d’un lièvre.

Chez le petit enfant ce « soi du Père Noël » est présent, le Père Noël est bien réel pour lui. La saisie d’un soi-Père-Noël génère des affects +-. La saisie du soi-Père-Noël est une condition indispensable à l’émergence des affects liés au Père Noël.

Alors que dans l’expérience de l’adulte, il n’y a pas émergence de ce « soi-Père-Noël » puisque l’adulte sait que ce « Père Noël » est une illusion. Mais malgré que l’adulte ait réalisé l’illusion, en son courant de conscience demeurent des traces du Père Noël de son enfance. Ces traces induisant le fait d’aimer l’illusion Père Noël. Il demeure alors une saisie subtile du soi-Père Noël.

Comment transcender le soi-ego

L’exemple du Père Noël sert à identifier l’émergence de la saisie d’un soi de la personne Père Noël qui le rend bien RÉEL aux yeux de l’enfant. On dit que ce Père-Noël est une réalité relative, car conditionnée par la saisie d’un soi (le « vrai » Père Noël). Le fait de nous identifié à un individu (moi, je) est ce que l’on appelle la saisie du soi personnel. Vous êtes une forme de Père-Noël et toute la magie qui vous est propre.

Pour réaliser la vacuité de ce Père-Noël, il faut tout d’abord comprendre-saisir que c’est la saisie de ce « soi de la personne » (ou le soi personnel pour vous-même) qui est le problème, la méprise. Une fois ce soi perçu, on peut le réfuter analysant sa nature véritable. Ce qui amène à expérimenter que ce soi saisi est une illusion, une méprise.

La démarche didactique est identique pour réaliser la vacuité de l’ensemble des phénomènes (sons, odeurs, images, goûts, pensées… soi personnel). Car « par-dessus » la nature véritable des phénomènes on surajoute la saisie la saisie d’un soi des objets, des phénomènes. La voie de réalisation de la vacuité de ces soi nécessite calme mental, discernement et instructions qui « libèrent » (de la méprise). Cela passe par différents types de voies de réalisations, certaines s’appuyant plutôt sur la logique quand d’autres passent par la médiation a-conceptuelle. Les voies sont variées.

Vaste et profond sujet. Excellente question Alain !

 

Vacuité des rayonnements-apparitions

Maintenant voyons la deuxième façon de lire la question. Alain demande :

 

« Puisque tout émane de l’esprit, peut-on dire que l’illusion est son rayonnement aussi ? « 

 

Le terme « illusion » peut aussi désigner les rayonnements-apparitions sensoriels et mentaux (sons, odeurs, images, saveurs, pensées…). Ces « apparitions-objets » perçus sont les rayonnements de l’esprit et leur nature véritable est illusoire. En affinant leur regard en leur direction pour voir ce qu’ils sont vraiment, tous les yogis réalisés ont vu directement que ces rayonnements-apparitions sont de nature semblable aux arcs-en-ciel : « vide » et pourtant dynamiques. Le terme « vide » peut se développer sur plusieurs plans. Bien trop long à détailler pour l’envisager ici.

Tout ce qui émane de l’esprit est l’esprit et est de nature illusoire comme l’arc-en-ciel.

Ici nous avons aiguisé notre discernement. Mais le programme TLB l’Expérience est là pour aller plus loin… vers l’expérience directe qui ne relève pas du mental.

Merci Alain pour cette excellente question, qui reflète une certaine intuition que tu as sur le sujet. Nous allons affiner tout cela dans TLBX.

Et vous ?

Face à cette illusion serpent, vous sentez-vous en paix, déstabilisé.e, interpelé.e…?

Bien qu’il n’y ait pas de serpent, un serpent apparait.

Bien qu’il apparaisse il n’y en a pas.

Bien qu’il n’y en ait pas, des affects peuvent s’élever.

Et l’ego dans tout ça où est-il ?