De Saint Paul au dharma il n’y a qu’un pas!

En cette veille de Pâques je parcours les ondes radio chrétiennes avec la joie d’y discerner une profonde sagesse.

ATTENTION: mes propos ne sont en aucun cas une interprétation de la tradition chrétienne. Cette tradition a ses spécificités qu’il ne s’agirait pas de nier, de dénaturer. Avec le plus grand respect pour cette tradition, je souhaite simplement communiquer la Grande Joie qui inonde mon coeur à la lecture inspirée de ses textes fondateurs. Je reviendrai régulièrement sur ce sujet tant il me semble important d’aller y étudier sa profonde mystique si proche du saint dharma.

Afin de vous offrir des articles de qualité,  et si vous souhaitez y contribuer, je vous invite à prendre une feuille et à y annoter vos remarques et questions durant la lecture. A la suite de l’article, si vous le souhaitez, vous aurez la parole. Merci de votre collaboration. Il n’y a pas de petite ou grande contribution: il n’y a qu’échange.

Au coeur de ma troisième année de retraite, Lama Tenpa, notre maître de retraite, nous a demandé d’enrichir notre pratique et nos expériences méditatives par tout ce qui nous convenait, par tout ce qui nous semblait adapté. J’ai mis en œuvre cette instruction de plusieurs façons. Le cadre de la retraite est souvent stricte et bien établi, mais il laisse aussi à notre fibre la liberté de s’exprimer et d’utiliser ses spécificités. Ici, je viens évoquer l’une des façons avec lesquelles j’ai répondu à cette instruction:

J’ai contacté un ami qui m’a offert un carton de livres traitant de la mystique chrétienne. La retraite n’est pas un temps d’étude, c’est un temps de pratique intensive de la méditation, de la contemplation. J’ai envisagé ces lectures comme un moment de contemplation. Elles furent un régal qui vint sceller et renforcer les pratiques bouddhistes Shangpa des 5 Dharma d’Or en lesquels nous étions plongés. A l’avenir je partagerai le fruit de cette belle période, l’une des plus rayonnantes de la retraite.

Pendant cette retraite de 3 ans et 3 mois, j’ai été interpelé par les propos du précédent Kalou rinpoché :

« Les enseignements de l’ensemble des grandes traditions spirituelles sont bénis par

la compréhension de la nature de l’esprit. »

Kalou rinpoché

Kalou Rinpoché

 

Après avoir lu cette phrase j’ai eu envie d’aller puiser dans la tradition chrétienne pour confronter les commentaires de ses grands saints à la tradition des sages himalayens.

Petite remarque de taille: avant ce jour là, je n’avais jamais été attiré par la voie chrétienne! J’avais même à son égard des pensées plutôt peu flatteuses.

C’est donc Kalou rinpoché qui a interpelé mon entendement et suscité mon envie d’aller aiguiser mon discernement en mon plongeant en des commentaires de maîtres mystiques chrétiens de renom: maître Eckart et son approche de l’union à Dieu, Pseudo Denys et la hiérarchie céleste, Sainte Thérèse d’Avilla et l’élévation spirituelle graduelle vers le coeur du château de l’âme… sans oublié les pères du désert, etc…

 J’ai été très surpris et réjoui. par ces belles et profondes lectures. Ce très bel épisode de ma retraite a marqué d’un sceau ma façon d’envisager le dialogue inter-religieux: sans confondre les traditions, ni renier l’altérité des voies proposées, il nous est donné de comprendre et de célébrer l’harmonie des divergences en remontant à la source, à « l’origine du souffle », à la nature de l’esprit.

Mais aujourd’hui je viens simplement commenter brièvement une phrase de Saint Paul entendue ce soir de la bouche du père Guy Gilbert sur Radio Notre Dame.

Saint Paul a dit

« Vous êtes tous prêtres, prophètes et rois. »

Jetons donc un regard bouddhiste sur cette phrase. Qu’il n’y ait aucune méprise: je ne fais ici aucun commentaire de cette phrase. Je ne souhaite ni remettre en cause cette tradition, ni susciter le débat. Je ne fais qu’exprimer ce que cette phrase évoque en moi.

Selon le saint dharma du Bouddha, nous possédons tous en nous la nature de bouddha qu’il s’agit de reconnaître. Cette nature profonde, notre « vrai visage », n’est pas quelque chose qui nous sera donné de l’extérieur, elle est déjà là en nous, « au cœur du château de notre âme » pour reprendre les termes de Sainte Thérèse D’avilla. La reconnaissance, par l’expérience directe, de cette nature profonde, n’est pas la fin du chemin. Par la poursuite du raffinement de notre « âme », par le polissage de notre esprit, il nous est donné de purifier les voiles subtiles et grossiers qui nous séparent sans cesse de l’expérience de notre nature de bouddha.

Le travail est souvent très très long pour parvenir à la reconnaissance de la nature de l’esprit, notre nature profonde. Les voies spirituelles déploient de multiples moyens habiles pour placer le pratiquant cette expérience capitale. Ces moyens habilent visent à pacifier, dissoudre, purifier, les 4 voiles qui nous séparent de la contemplation de notre nature de bouddha:

– le voile de l’ignorance fondamentale (la non reconnaissance de notre nature profonde éveillée)

– le voile du karma (notre « tempérament » peu à peu façonné par nos habitudes)

– le voile des conditionnements

– le voile des émotions (qui prennent racine en l’égo cependant illusoire)

Parmi toutes les missions du cheminement spirituel il en est une de capitale : nous faire reconnaitre notre nature de bouddha, reconnaitre « la nature de l’esprit ». Cette reconnaissance permet de développer rapidement de nombreuses « forces » et de mettre en œuvre de façon habile les quatre activités (pacification, accroissement…) pour le bien des êtres.

Ainsi nous devenons prêtre, prophète et roi.    Pourquoi?

Le prêtre est celui qui intercède entre le divin et le pratiquant en chemin. Reconnaitre la nature de l’esprit permet de mettre en œuvre les pratiques de façon puissante et efficace, mais cela permet aussi d’accéder à une compréhension subtile des enseignements du Bouddha et, donc, de les enseigner de façon juste, adaptée et sans interprétations hasardeuses propres à ceux qui, pensant avoir compris, s’élancent en des prêches avant même d’avoir eu une réelle expérience de la nature de l’esprit. Par sa compréhension du saint dharma, le « prêtre » écoute l’autre, le béni et le guide: il s’incarne en une activité altruiste en demeurant en La Compréhension. Ainsi l’ensemble des maîtres mettent en œuvre et transmettent des moyens habiles permettant aux pratiquants de se reconnecter peu à peu, ou subitement, à leur nature de bouddha.

Le Dalaï Lama

Est prophète celui qui a reçu la révélation est-il dit.

J’ai eu une belle discussion sur ce thème avec deux amis avec qui j’ai de régulières réunions de dialogue et de prières inter-religieuses. Mon amie chrétienne m’a demandé : « Le bouddhisme n’est pas une religion révélée n’est ce pas ? »

Quelques jours plus tard, mon ami rabbin contemplatif me dit : « La révélation est une expérience personnelle pouvant avoir lieu à chaque seconde. La révélation se reconduit donc aussi de maître à disciple, de génération en génération. Sur la base de cette expérience le méditant peut épurer l’enseignement pour n’en transmettre que le coeur, la sève, adaptée à son époque. »

Dans le bouddhisme, l’introduction à la nature de l’esprit constitue un instant clé où le pratiquant contemple sa nature de bouddha. Cette expérience lui révèle son vrai visage, sa vraie nature profonde… ineffable. Par un long travail de purification subtile, cette expérience se répétera de plus en plus, pour ensuite devenir stable et « accessible à volonté ». D’expérience elle sera alors devenue réalisation.

Mais dès la première expérience de la nature de l’esprit, le pratiquant sait que chaque être humain a la possibilité de réaliser sa nature de bouddha. En ce sens il devient prophète : il sait et annonce cette bonne nouvelle ! Il déploie les moyens qui permettront aux autres d’accéder à cette même re-connaissance.

Sur un plan temporel, historique et personnel, les maîtres bouddhistes n’ont pas besoin de se revendiquer prophètes: le message du Bouddha est parfait… Ils acceptent leur mission de précieux relais pour enseigner et transmettre les moyens habiles libérateurs. S’il était possible de quantifier le nombre de personnes réalisées nous serions peut être surpris du nombre! C’est en tout cas mon intime conviction.

Les réalisés entrent en activité au service d’autrui et guident de façon éclairée leurs amis, ils se comportent en bons rois.

Dans un article ultérieur nous aborderons les 3 types de motivations altruistes de l’Ami de Bien :

La motivation du berger

La motivation du capitaine de navire

La motivation du roi

Dans un royaume ou seul la vertu règne, le roi ne saurait être despote. En son royaume, l’ordre, la disciple et la hiérarchie sont naturels et servent l’élévation de tous. Empli d’enthousiasme, d’amour et de tendresse le roi sait que tous ses « amis-sujets » deviendront bouddhas, puisqu’ils ont déjà, et depuis toute origine, cette nature en eux. N’attendons pas d’être parfaits ou bouddhas pour assumer, avec notre propre charisme, ce rôle d’Ami de Bien.  Tel est la plus douce mission, le plus doux cadeau que nous offre la vie.

Bien que dotés d’imperfections, osons aller toucher cette part de nous empreinte de bonté, de sainteté, et n’attendons pas d’être parfaits pour la manifester. Ainsi nous honorerons la parole de Saint Paul

« Vous êtes tous prêtres, prophètes et rois. »

 

 

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