Je viens de co-animer une retraite interreligieuse dans un petit monastère orthodoxe de l’église syriaque. (voir le site du monastère) Régulièrement je co-anime des soirées de réflexions interreligieuses à Paris avec l’association Artisans de Paix. Les 21 et 22 avril nous nous sommes réunis en ce monastère autour du thème

« Demeurer à la racine du souffle ».

 

Je suis intervenu en m’appuyant sur les textes de la tradition du mahamoudra de la lignée Shangpa où l’accent est mis sur le « Grand Lâcher Prise » : en tibétain Rang Bap signifie « Laisser tomber » :  C’est un thème subtile et profond que nous aborderons dans « quelques temps », quand le temps sera venu…

Ce thème de retraite était ambitieux puisqu’il sous-entendait que les participants devaient déjà être capables de demeurer à la racine du souffle… En des termes bouddhistes nous pourrions dire « demeurer en la nature de l’esprit »… ce n’est pas rien !

Aujourd’hui je mets juste quelques photos et le lien vers l’album photos sur Picasa.

Rabbin Gabriel Agaï en samadhi

Ultérieurement je mettrai la vidéo de la prêche de l’évêque sur le dialogue interreligieux. Excellente ! D’un grand discernement, cet évêque est presque une émanation de Mahakala !!!! Un régal de faire sa connaissance. Il est certain que j’aimerai à dialoguer avec lui au-delà et à travers nos propres voies.

Un véritable dialogue n’est pas sans difficultés, surtout lorsqu’il s’agit de comprendre en profondeur les autres traditions spirituelles sans avoir une lecture colorée par notre propre tradition. Mais il y a de grands et beaux challenges à relever ! Le précédent Kalou rinpoché déclarait :

« Les enseignements des grandes traditions spirituelles sont bénis

 par la compréhension de la nature de l’esprit. »

Kalou rinpoché

Note: fidèle à mon habitude j’ai oublié quelque chose en partant de Paris: ma valise ! Ceci explique donc pourquoi je ne portais pas l’habit lors de cette retraite mais la katta jaune avec laquelle m’a béni Kempo Tsulrim rinpoché lors de notre entretien à Katmandou (juillet 2011).

 

La grande difficulté, c’est un bouddhiste qui parle !, c’est de discerner la part du religieux de la part en contemplation de la nature de l’esprit elle-même. La religion étant la « poésie » menant et exprimant l’ineffable expérience de la nature de l’esprit. C’est un sujet passionnant sur lequel je reviendrai régulièrement : la compréhension des traditions spirituelles ne peut se passer d’une étude du sens profond de la contemplation. L’étude de l’au-delà de la forme religieuse et traditionnelle, de l’au-delà de la forme didactique prise par telle ou telle voie, permettra  de revivifier la compréhension de l’essence des spiritualités. Une véritable compréhension réciproque ne peut s’établir sans que chacun des intervenants ne s’appuie sur l’essence de sa propre tradition. Si « contemplation ultime » il y a pourquoi serait-elle différente d’une tradition à l’autre? La diversité naît dans un second temps… et non pas à la racine du souffle. Elle naît lorsqu’il s’agit de communiquer par les mots et de mener l’autre à cette racine du souffle par le biais de moyens habiles propres à une tradition. « A la racine du souffle » nous célébrons « l’harmonie des divergences ».

De nos jours la compréhension profonde s’est perdue en des dédales politico-religieux qui rendent les voies spirituelles peu efficientes tant le pratiquant s’attache à la forme et aux croyances plutôt qu’il n’accède à l’Expérience spirituelle. Pour moi, un dialogue interreligieux fécond doit prendre racine en une forte volonté à vouloir discerner « l’ultime » en les autres voies spirituelles. Il y a beaucoup à dire là-dessus… Passionnant tout en restant terre à terre et pragmatique! Le « postulat intuitif » de Kalou rinpoché énoncé ci-dessus a ce radical avantage de considérer que l’ensemble des traditions ont une essence commune: la contemplation ultime. C’est évidemment un postulat difficilement audible pour les traditions théistes. Pour conclure je vous pose ces questions:

Dieu envisagé, imaginé par un croyant en chemin ou par un grand mystique contemplatif est-il le même?

L’image, la représentation, et l’expérience de Dieu est-elle fluctuante au fil du cheminement?

Quelle est la différence entre le Christ Glorieux et le Bouddha primordial?

Nous avons là de beaux échanges en perspective. Un vaste et profond sujet que l’écoute, le dialogue, le discernement et l’audace nous permettront d’aborder dans le respect de l’altérité des traditions spirituelles.

Il y a de beaux challenges à relever, de beaux outils à partager… pour faire fleurir les champs de lotus de la compréhension de la Grande Félicité.

 

Merci de laisser un commentaire si le thème de du dialogue interreligieux vous intéresse.