Face à tant de maux dont souffre notre monde, il est de la responsabilité de toutes les traditions authentiques d’expliquer en quoi toute voie spirituelle conduit au meilleur de l’homme, à sa nature profonde. Aujourd’hui croisons Pâques et les enseignements du Bouddha. 

« Les enseignements de l’ensemble des grandes traditions spirituelles

sont bénis par 

la compréhension de la nature de l’esprit. »

Kalou rinpoché

 

Kalou rinpoché

Après avoir lu cette phrase en plain coeur de ma retraite de 3 ans et 3 mois , j’ai eu envie d’aller puiser dans la tradition chrétienne pour confronter les commentaires de ses grands saints à la tradition des sages himalayens. Et quelle ne fut pas ma surprise!

Aujourdhui, pour Pâques, je vais vous donner une lecture des enseignements de Bouddha en m’appuyant sur des propos chrétiens  liés à la célébration de Pâques.

ATTENTION: mes propos ne se revendiquent en aucun cas comme une interprétation de la tradition chrétienne. Cette tradition a ses spécificités qu’il ne s’agirait pas de nier, de dénaturer. Avec le plus grand respect pour cette tradition, je souhaite simplement communiquer la Grande Joie qui inonde mon coeur à la lecture inspirée de ses textes fondateurs. La mystique chrétienne est hélas trop peu enseignée alors qu’elle semble posséder l’essence si proche du saint dharma.Ce qui suit est donc le fruit de ce que m’inspirent les propos chrétiens liés à Pâques et non une interprétation des propos chrétiens. La chose étant dite, merci de ne pas me faire dire ce que je ne dis pas. Je vais simplement dire en quoi, du point de vue du vajrayana (la voie ésotérique du bouddhisme) ces propos chrétiens me semblent merveilleux et au-delà des limites habituelles de notre entendement.

 Carmel d’Avon (77)

Pâques et nos amis Carmes

Pour débuter, voici un extrait d’une newsletter d’amis Carmes à l’occasion de Pâques:

« Il est vraiment ressuscité, alléluia ! » L’impensable est arrivé : Dieu a fait surgir Jésus des ténèbres de la mort. Le signe du tombeau vide est un signe de présence et de vie. Désormais, plus rien ne sera comme avant : le Ressuscité est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde !

« Une âme unie à Jésus est un vivant sourire qui le rayonne et qui le donne. » Comme Élisabeth, en nous unissant intérieurement au Christ ressuscité, nous sommes irradiés de sa lumière de vie et nous pouvons le rayonner. Laissons Jésus, lumière du monde, briller à travers nos humanités.

Très belle fête de Pâques !

L’équipe de la retraite

Centre spirituel des Carmes d’Avon 77

Site internet des Carmes d’Avon

 

Ce que cela m’évoque

Dans la tradition du Bouddha, l’objectif principal est de nous faire réaliser le caractère illusoire de l’égo (le soi) qui, dès son émergence, nous place instantanément en un mode de perception dualiste (moi et le reste). C’est notre mode d’être habituel, « normal », et le seul possible avant d’avoir été initié à la non-dualité.

Si le caractère illusoire de l’égo est réalisé, alors le méditant expérimente la non-dualité « sans centre ni périphérie » où la polarisation moi/le reste est abolie. C’est ce que nous allons évoquer en nous appuyant sur les propos liés à Pâques.

Plusieurs niveaux de subtilité de la non-dualité se « présentent », et c’est l’objet de méditations progressives sur la vacuité. Mais là n’est pas le sujet aujourd’hui.

Lorsque le sujet (soi, l’égo) s’efface, émerge alors l’expérience que TOUT (sons, odeurs, sensations tactiles, images, pensées et goûts) est le rayonnment de notre propre esprit, ce « Roi qui fait tout ». Cette perception laissant « au monde » le pouvoir de se manifester en dépendance des lois physiques que la vision non-dualiste n’abolit pas.

L’ultime n’abolit pas le relatif, il lui redonne son statut véritable:

« Tout existe de façon relative.

Ultimement, rien n’existe. »

Taï Sitou rinpoché (enseignements du Mahamoudra)

Ce genre de déclaration peut prendre bien des vies avant d’être appréhendée dans sa profondeur. Cette tendance à penser avoir compris est l’obstacle majeur du méditant 😉 Et de nombreux niveaux de lecture sont possibles.

 

Non-dualité et la tradition chrétienne

Dans la tradition chrétienne, le grand théologien dominicain Maître Eckart a enseigné sur ce thème. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu d’être éloigné de l’enseignement car la difficulté de ses thèses a conduit à de nombreuses interprétations erronées de son message:

La théosis, ou divinisation, l’inhabitation trinitaire, le primat de la grâce, la structure paradoxale du dogme chrétien qui est une suite d’apories maintenues (Christ Dieu et homme, mort et vivant, Dieu un et trois; l’homme saint et pécheur, le salut déjà là et pas encore là, etc.) – tout cela appartient à la tradition chrétienne, portée par les plus grands maîtres. C’est même l’une de ses caractéristiques; le « Problème Eckhart » ne serait donc plus qu’un problème de compréhension.

La pensée d’Eckhart est une phénoménologie de la religion toute tournée vers la pensée de l’être (ontologie).

Selon les spécialistes allemands du droit médiéval (W. Trusend), la mise en accusation d’Eckhart dans une bulle limitée géographiquement est le fruit de querelles internes à l’Ordre dominicain, venues de la volonté de réforme du frère Eckhart. Mais, comme l’a confirmé le Vaticant en 1992:

« Eckart est un bon théologien orthodoxe. »

Nos amis cisterciens ont également une vaste et profonde théologie monastique sur le thème de la multiplicité à l’unité.

« Ceux qui ont reçu le pouvoir de devenir enfants de Dieu, ont reçu le pouvoir non pas d’être Dieu, mais pourtant bel et bien ce qu’est Dieu. »

La Lettre aux Frères du Mont-Dieu ou Lettre d’Or –  Guillaume de Saint-Thierry

 

ATTENTION: dans ce qui suit je ne donne pas la parole à nos amis Carmes, je ne fais que rebondir sur leurs propos pour expliquer ce que m’évoquent leurs propos.

Revenons aux propos de la newsletter de nos amis Carmes:

« Il est vraiment ressuscité, alléluia ! » L’impensable est arrivé : Dieu a fait surgir Jésus des ténèbres de la mort. Le signe du tombeau vide est un signe de présence et de vie. Désormais, plus rien ne sera comme avant : le Ressuscité est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde !

Dans la tradition bouddhiste du vajrayana (tantras), il est une pratique visant à unir notre esprit à celui de notre maître, indifférencié de celui du Bouddha. Ceci signifiant que nous possédons tous la nature de bouddha qu’il s’agit de reconnaitre et de contempler.

L’esprit du Bouddha et le notre n’étant pas fondamentalement différents. Mais un océan nous sépare de la reconnaissance de cette naure de bouddha. Nous reconduire à cette reconnaissance est précisément le but du cheminement spirituel qui dissipera les voiles (émotions, conditionnements…) masquant cette reconnaissance.

Une fois le centre (égo, soi) résorbé, c’est à dire expérimenté directement comme illusoire, TOUT est alors perçu comme le rayonnement de notre propre esprit. Ce TOUT est parfois appelé la TENTE VAJRA, ou l’enceinte vide du A dans l’école Shangpa où j’ai fais ma retraite de trois ans et trois mois.

Plongez votre regard en vous et voyez si vous trouvez un centre…

[Méditation]

S’il n’y a pas de centre, comment trouver une périphérie ou une distinction moi/le reste?

[Méditation]

Notre entendement doit apprendre à sa familiariser avec ces deux possibilités co-émergentes: un mode d’expérience dualiste et un mode d’expérience sans centre ni périphrie. (La première participant de la deuxième.)

 

Et le tombeau…

L’expérience non-dualiste abolie la frontière intérieur/extérieur.

Notre « espace intérieur », sans centre ni périphérie,  qui est TOUT, serait-il alors un tombeau mystique? Celui où la saisie d’un soi a été « éjectée », dissipée.

Reconnaître le caratère illusoire de l’égo, es la « mort » de la saisie d’un soi comme existant réellement. C’est une mort mystique est une naissance à notre vrai visage: la contemplation du TOUT comme étant le rayonnment de notre esprit.

L’exemple du rêve

Il est écrit: « Le signe du tombeau vide est un signe de présence et de vie. »

Si TOUT est le rayonnment de notre esprit, tout en étant « le monde », alors la nature des apparences est semblable à celle du rêve, c’est à dire que les apparences sont illusoires. Et en le rêve les apparences semblent réelles, leur réalité est toute relative: tout y apparait sans exister vraiment.

En le rêve, tout est présent et vivant sans être réellement existant.

Que pouvez-vous dire du chant des oiseaux (ou de tout autre son) ici et maintenant? Sont-ils existants?

[Méditation]

Bien qu’apparaissant, ils n’existent pas. Bien que n’existant pas ils se manifestent. Ils sont l’union de la forme (la façon dont ils apparaisent) et du vide. C’est union est appelée vacuité.

[Méditation]

Notons au passage que le terme vacuité ne désigne pas le néant, comme l’affirment souvent les détracteurs du bouddhisme.

Un arc-en-ciel n’est pas le néant… 😉

L’égo, bien qu’illusoire, n’est pas nié; l’individu non plus.

Réaliser la vacuité de l’égo et de lindividu, ce n’est pas nier toute indivualité, histoire personnelle, tempéramment; c’est reconnaitre la nature illusoire du sujet et de ses caractéristiques.

Celui qui expérimente la caractère illusoire de l’égo voit se dissoudre sur le champs toute quête de gloire personnelle.

Mais revenons au caractère illusoire des apparences:

L’excellente saveur de la tarte à la framboise n’est pas le néant. Sinon comment pourrions-nous nous régaler? La saveur de la framboise est claire, nette et précise en notre bouche. Cependant, nous ne pouvons pas l’attraper, la localiser…

La saveur est l’union de l’apparence et du vide, elle est vacuité. 

[Méditation]

 

Expérimenter la saveur ainsi c’est naître en la nature essentielle des saveurs. Nous pouvons faire la même expérience avec les 5 sens plus le mental.

 

Présents à cette expérience, laissons rayonner la magie de nos 6 consciences (5 consciences sensorielles + la conscience mentale).

[Méditation]

 

L’union à l’esprit du maître

Désormais voyons ce que m’évoque ce passage:

« Désormais, plus rien ne sera comme avant : le Ressuscité est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! »

 

Comme je le disais plus tôt, sur la voie du vajrayana il existe un yoga d’union à l’esprit du maître. C’est une pratique utilisant la puissance de la dévotion.

 

Si TOUT est le rayonnement de notre esprit, pouvons-nous dire que nos esprits s’interpénètrent?

[Méditation]

Notons que si nous appelons esprit l’ensemble de la manifestation sensorielle plus le mental, notre esprit et celui du Bouddha ne font pas deux.

[Méditation]

La pratique du yoga d’union à l’esprit du maître vise précisément à nous faire expérimenter cela. Lorsque l’expérience s’est manifestée, elle éclaire l’entendement du méditant qui voit alors le monde sous un nouveau jour. TOUT ce qui est perçu est alors vu comme l’union des trois corps de bouddha… que « nous » sommes.

Aborder l’explication de ces rois corps serait ici bien prématuré.

Disons que l’un d’eux est nommé le Corps Glorieux. Expression que l’on retrouve chez nos amis chrétiens et sous d’autres dénominations dans les autres grandes traditions spirituelles.

Conclusion

Que trouverions-nous d’étonnant à ce que des expériences méditatives profondes soient communes à toutes les spiritualités authentiques?

Si expérience ultime il y a, pourquoi appartiendrait-elle à telle ou telle tradition uniquement?

Si nous partons du postulat que les grandes traditions authentiques sont initiées à la sagesse, pourquoi ne pas oser échanger, rechercher, enseigner depuis l’essence qui ne peut être que commune car universelle?

Face à tant de maux dont souffre notre monde, il est de la responsabilité de toutes les traditions authentiques d’expliquer en quoi toute voie spirituelle conduit au meilleur de l’homme, à sa nature profonde. (Il est clair que nous faisons ici abtraction des dérives de l’homme qu’on ne saurait attribuer à la religion authentique elle-même.)

Affirmer et démontrer que les voies spirituelles permettent de révéler lemeilleur de l’homme serait remettre sur scène toutes les formes d’humanismes complémentaires au service d’une humanité pacifiée et au service de ses potentiels d’amour, de paix, de partage et de créativité.

Fondamentalement, rien ne s’opose à ce que tout homme et toute société éveillent en eux le meilleur. Même les limites de l’homme peuvent être pacifiées.

Seuls les facteurs arrachant l’homme à sa nature profonde éveillée sont à identifier et combattre. Ceci induit une responsabilité individuelle et collective. Collective, car de nombreuses chimères sont minutieusement orchestrées pour éloigner l’homme des voies d’éveil.

Pour servir une laïcité au service du meilleur de l’homme, les religieux ne doivent-ils pas enfin oser dialoguer et enseigner ensemble depuis la source… qu’ils connaissent?

 

Une question se pose alors:

qu’est-ce qui les en empêche?

Je vous souhaites de joyeuses Pâques

en la contemplation des rayonnements de votre esprit multisensoriel.

Comme nos amis Carmes ont écrit:

« Laissons Jésus, lumière du monde, briller à travers nos humanités. »

 

Pour aller plus loin

5 séances de Pleine Conscience

Vacuité: introduction-méditation en 5h de vidéo

 

Retraite de méditation en mai

Vous souhaitez participer à une retraite de méditation d’un week-end en mai?

Toutes les informations ici.