Les notions de réincarnation et de renaissance ont été énormément interprétées de travers depuis que le bouddhisme est arrivé en Occident. Si bien que maintenant les personnes ont du mal à faire la part des choses entre réalité et projections lorsqu’elles semblent percevoir des personnes qu’elles ont connues « dans des vies passées ».

Tout en n’étant pas exhaustif sur le sujet, cet article va vous donner quelques pistes de réflexion.

Toutes ces réflexions sur nos vies passées, la rencontre de personnes ayant fait partie de nos vies… doivent s’envisager dans le cadre plus large et fondamental qu’est le message essentiel du Bouddha. Ce message a presque le pouvoir de rendre caduque certaines notions 😉

« Tout provient de notre esprit. »

Le Bouddha

Il entend par là que TOUT le perçu provient de l’esprit. Certes en dépendance de ce que nos organes des sens rencontrent, mais la nature essentielle de ce que nous percevons, de ce que nous avons « sous les yeux » est Claire Lumière : tout est l’esprit.

Il y a donc d’un côté les causes générant ces « apparitions » (causes internes et externes) et ces «apparitions » elles-mêmes.

Donc nous devons sans cesse ne pas oublier que ce qui s’élève en nous (et « face à nous ») peut ne pas être en lien avec la « réalité » mais s’élever de nos propres conditionnements. Mais cela n’en reste pas moins « notre réalité », qu’elle soit en lien avec les choses extérieures ou non. Et parce qu’elle est « notre réalité », elle peut être utilisée comme voie d’éveil; que ce qui s’élève en nous soit en lien avec les choses « extérieures » ou non.

Notre expérience de nous-même et du monde est un mélange de différents plans qui émergent au gré des circonstances et de nos conditionnements. La phénoménologie est cette science philosophique qui étudie cela. La voie du Bouddha est aussi une prodigieuse science de l’esprit, une profonde science de la phénoménologie.

Voir des livres à ce sujet

Ceci dit, quelque soit les causes générant nos perceptions, le Bouddha a distingué deux choses :

l’accumulation de vertu
l’accumulation de sagesse
qui sont les deux ailes pour se rapprocher de l’éveil.

Donc, quelque soit la nature des perceptions (« réelles » ou « imaginaires »), on peut les aborder en en faisant des occasions de pratiquer la vertu et de réaliser que

TOUTES les perceptions sensorielles et mentales émergent de notre esprit.

Le Dalaï Lama l’a dit clairement (voir plus haut).

La science de l’esprit que sont les tantras s’appuient sur ces deux ailes que sont l’accumulation de vertu et l’accumulation de sagesse.

Par ailleurs, les textes disent que

TOUS les êtres ont été nos mères d’innombrables fois dans nos vies passées.

C’est une affirmation qui se lit sous différents angles… mais qui évoque cette réalité :

Quand nous croisons quelqu’un, nous nous trouvons face à un individu qui a un cœur, un esprit et vit en conscience. Nous sommes donc égaux et cherchons la même chose : le bonheur. Notre nature profonde est IDENTIQUE, seuls les évènements mentaux et sensoriels s’élevant en nous diffèrent. Mais le « réceptacle » dans le quel tout ceci s’élève est le même: notre esprit, notre nature de bouddha. La définition philosophique la plus avancée dans les textes traditionnels étudiés dans les collèges philosophiques des monastères tibétains considère que l’homme est un vase doté d’un pied. Ceci mérite développements et méditation, mais l’essentiel est dit 😉

Quand aux questions sur la reconnaissance de telle ou telle personne comme ayant été dans nos vies passées, le Bouddha distinguait les vérités ultimes (tout est notre esprit) et les vérités pédagogiques, c’est à dire tout ce qui nous permet de comprendre notre nature de Bouddha et de pratiquer la vertu. Mais souvent le Bouddha restait silencieux face aux questions et réflexions portant sur la cosmologie, les réincarnations… Car ces questions peuvent détourner l’individu de la quête de sa nature de bouddha.

Voici une citation de Matthieu Ricard – dans le livre  L’infini dans la paume de la main :

On cite le cas d’un homme qui interrogea le Bouddha sur certains points de cosmologie. Ce dernier prit une poignée de feuille et demanda au visiteur :

« Y a-t-il plus de feuilles dans mes mains, ou dans la forêt ?

– Il y en a certes bien plus dans la forêt », répondit l’homme.

Le bouddha poursuivit :

« Et bien, les feuilles que je tiens dans ma main représentent les connaissances qui conduisent à la cessation de la souffrance. »

Le Bouddha montrait ainsi l’inutilité de certaines interrogations. Le monde offre un champ d’études illimitées, aussi nombreuses que les feuilles de la forêt. Si ce que l’on désire par-dessus tout dans cette vie est d’atteindre l’Eveil, il est préférable de s’y consacrer entièrement en rassemblant dans ses mains les seules connaissances qui concourent à la réalisation de ce souhait. »

Matthieu Ricard – L’infini dans la paume de la main (Le titre vient probablement de ce passage… Mais peut aussi s’entendre sous d’autres angles…)

Accéder au livre L’infini dans la paume de la main

Personnes de nos vies passées

Regardez dans ce corps vos actes de jadis

Et dans vos faits présents là où vous renaitrez.

Patrul rinpoché – Le Chemin de la Grande Perfection

Si nous pensons croiser des personnes ayant fait partie de nos vies passées, ceci reflète des tendances accumulées dans le passé. Et peut-être le signe que ces personnes aient fait partie de nos vies passées. Mais l’essentiel de notre attention, et le seul terrain où nous puissions « agir et vivre, c’est le PRESENT ! De toute éternité seul l’instant existe. Le passé est mémoire (au présent) et le futur n’est pas donc n’est que pensées au présent. Oui le passé a façonné nos conditionnements, croyances, vues philosophiques… Mais il a une importance toute relative dans la mesure où la seule chose que nous puissions FAIRE c’est de vivre dans le présent puisque seul se dernier « existe ». A chaque instant de lecture de cet article vous êtes dans un instant frais, neuf… éternel. C’est ce que le Bouddha nous invite à vivre en conscience. Dans cet instant tout notre être et ses mécanismes se manifeste.

Ainsi, ce qui se manifeste en notre esprit nous dévoile nos tendances. A nous de les rendre utiles au présent et de les « façonner » pour nous rapprocher de l’éveil.

Parfois, une forte présence à l’instant nous donne la perception qu’on connait depuis longtemps telle personne rencontrée il y a quelques minutes. C’est pourquoi lorsqu’on croise un maître avec beaucoup de présence, après nu bref moment on a l’impression de le connaitre depuis toujours. C’est le signe de sa présence qui rencontre la notre.

J’ai assisté à un week-end d’enseignement du Dalaï Lama sur le sujet de la mort, des processus de la mort, les réincarnations etc… Il a quitté la scène le dimanche soir sous les applaudissements, puis est remonté en rigolant au micro pour nous dire:

« C’est intéressant tout ces enseignements, mais ils sont à réaliser de notre vivant. »

Le Dalaï Lama

Cela signifie que leur sens profond parle surtout des mécanismes en jeu ici et maintenant. (Voir les articles plus bas)

Lecture de vos vies passées

Si vous souhaitez avoir une lecture de vos vies passées, je vous conseille d’aller voir un lama tibétain expert en le domaine. Je n’ai qu’une confiance hyper limitée en les autres approches, tout simplement parce qu’elles n’ont pas pour fondements la connaissance de la nature de l’esprit, la nature de Bouddha mais restent souvent engluées dans des croyances, superstitions et interprétations. C’est d’ailleurs un vaste fond de commerce. En revanche, les maîtres de sagesse savent faire de vos perceptions un véhicule vers l’éveil. Et telle est leur unique motivation.

Même si certaines voies abordant les vies passées sous un autre angle peuvent être utiles, agréables à considérer et donner du sens à la vie, elles peuvent aussi ne pas orienter vers la réalisation de notre nature de bouddha qui est l’unique but de la voie du Bouddha. Hélas bien des approches laissent les êtres en des croyances, voire les accentuent. Il y a peu, j’ai lu une critique très acide de Matthieu Ricard par un psychologue. Ce dernier reproche à Matthieu Ricard de donner un coup de poignard dans le dos de tous les thérapeutes qui aident les individus. Cette critique oubliait une chose capitale :

Tant que l’individu se vit à travers une perception duelle et nous éveillée à sa nature profonde, ce dernier voit naître en lui des jeux de l’ego, des mécanismes cognitifs à la source des émotions perturbatrice, racine du samsara.

Hélas, à l’exception des « thérapies de la troisième vague » qui changent la donne, une large majorité des voies thérapeutiques s’appuient sur des leviers qui concernent l’individu et non sa nature profonde. Bien que ces voies aient une efficacité avérée, ces voies ne traitent pas le problème de fond, le grain de sable à l’origine de tous les maux : la saisie d’un soi (indépendant, un et « réel »). Tant que l’ignorance fondamentale (qui est la non reconnaissance de sa nature de bouddha) pétri l’individu, ce dernier ne coupe pas à la racine l’arbre des maux. C’est ce que le Bouddha a transmis lorsqu’il a donné son premier enseignement sur les 4 Nobles Vérités.

1. La Noble Vérité de l’origine de la souffrance;

2. La Noble Vérité de la souffrance;

3. La Noble Vérité de la cessation de la souffrance;

4. La Noble Vérité de la voie qui mène à la cessation de la souffrance.

Le Bouddha

Voici une série d’articles sur la réincarnation et le karma. Vous y trouverez en particulier la différence entre réincarnation et renaissance.

La réincarnation comme jamais expliquée !

Le Karma, comme jamais on vous l’explique !

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