Gangten Rinpoché (3)

Vendredi 27 juillet

Gangten Tulku rinpoché

Hier j’ai donc eu ce bel entretien avec Rinpoché qui a manifesté de l’intérêt pour mon projet de portail dédié aux lignées, aux maîtres et à leurs aux sanghas. M’encourageant à le développer, rinpoché m’a dit que nous pourrions nous revoir ultérieurement à ce sujet. L’entretien s’est donc bien déroulé. Sa grande humilité, et le besoin pour les maîtres de bien connaître les motivations de leurs interlocuteurs, ne furent pas propices à ce que je demande une interview filmée… Peut être n’ai-je pas été assez audacieux…

Aujourd’hui il fait encore grand beau.

Comme je n’ai pas négocié d’interview avec Rinpoché j’aurais pu partir hier soir. J’ai décidé de rester « leuleu » comme prévu, encore quelques jours ici. Je pourrai tisser des liens avec les pratiquants. Cette sangha est très agréable, paisible. Le plus agréable c’est qu’elle reste encore à taille humaine, ce n’est pas le cas dans les sanghas plus grandes que je prévois de visiter dans la suite du Défi des Vingt Maîtres.

Kagyu Ling : point de départ de nombreuses sanghas

J’ai donc décidé de rester ici encore quelques jours, et je suis bien content des liens qui se tissent ici. Comme de nombreuses sanghas, celle-ci comporte des personnes venues de Kagyu Ling, le lieu où j’ai fait ma retraite de 3 ans et 3 mois. En arrivant en occident dans les années 70, et en créant Kagyu Ling (www.mille-bouddhas.com), Kalou rinpoché a créé un centre important en Bourgogne. Le Vénérable Lama Shérab, qui en assuré longuement la direction administrative et spirituelle, a développé l’activité du lieu avec un amour bienveillant très paternel. Il a invité et accueilli un très grand nombre de maîtres, leur offrant ainsi l’opportunité de développer leur propre activité. C’est ainsi que de très nombreux pratiquants de « Kagyu Ling » sont devenus disciples de maîtres venus y enseigné et sont ensuite « partis » avec eux. Kagyu Ling a longtemps été comme un « réservoir de pratiquants »… L’expression n’est sans doute pas heureuse, mais elle reflète une réalité : Kagyu Ling fut un lieu de passage de nombreux grands maîtres.

A partir des années 90, après le départ de Kalou rinpoché, les grands maîtres sont venus moins nombreux : les principaux maîtres avaient alors établit leur propre sangha ailleurs en France. Les occidentaux sont « friands de rinpochés », beaucoup courent après les maîtres portant des titres, et se revendiquent disciples. Il est même des maîtres de méditation français qui se présentent comme disciples de tel ou tel maître qu’ils n’ont même pas rencontré une seule fois avant sa mort. Ils ont peut être exploré un canal de transmission qui m’est inconnu ! 😉

Dans les années quatre-vingt-dix Gangten Tulkou Rinpochées est venu a plusieurs reprises à Kgyu Ling. Il est bhoutanais et donc très proche des lamas bhoutanais qui dirigeaient Kagyu Ling jusqu’en 2010. Depuis l’actuel Kalou Rinpoché a fait de profondes restructurations en donnant la responsabilité du lieu à des français. « Vidé » de l’extraordinaire énergie des cinq lamas bhoutanais qui dirigeaient Kagyu ling, le lieu est, pour moi, comme vidé de sa moelle, même si de nombreux grands maîtres et pratiquants ont béni le lieu de leur sainte présence pendant plus de quarante ans ; c’est peut être ce qui permet encore au lieu d’exister… Mais je ne voudrais pas minimiser un fait : de tels lieux sont aussi vénérés car le cœur de tout être aspire au bonheur ; tout être arrivant en un lieu saint ayant pour mission de transmettre la sagesse du Bouddha se trouve inspiré, émerveillé, touché… C’est le signe qu’il y a une connexion directe entre notre propre nature de bouddha (notre aspiration profonde au bonheur) et le bouddha lui-même. Cette connexion trouve sont prolongement et sa manifestation au niveau des tulkous et de l’effet Pygmalion sur lequel ils construisent leur vie, leur personnalité, leur activité. C’est là un vaste et subtile sujet… Mais quoi qu’il en soit : nous avons tous en nous la nature de bouddha, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que de jeunes enfants (ré)actualisent leur nature de bouddha et qu’ils deviennent effectivement des maîtres avérés.

Observons et voyons si Kagyu ling va rester une terre d’accueil pour de nombreux maîtres. La fin du XXe siècle ayant été très dense pour le déploiement du bouddhisme en France, la barre est haute ! D’autant plus haute que désormais Kagyu Ling ne se revendique plus comme une terre d’accueil de l’ensemble des lignées m ais commune une terre qui veut développer sa propre lignée. Ce centre, sous la récente direction de l’actuel et jeune Kalou rinpoché, a donc changé de paradigme : développer les enseignements de la lignée Shangpa.

En parlant de Kagyu Ling, mon maître de retraite a l’habitude de dire :

« Sans le Bouddha ce lieu ne serait pas sacré. Par Bouddha nous devons comprendre le bouddha historique et notre propre nature de bouddha. Un tel lieu est donc sous une double protection : les bénédictions du Bouddha lui-même et notre vision pure (notre coeur pure). »

Ce dernier point n’est pas à négliger, c’est pourquoi il convient d’avoir un grand respect pour des lieux où des maîtres et de nombreux pratiquants ont passé des milliers d’heures à prier pour le bien de tous les êtres, pour la paix dans le monde, et ont contemplé leur propre nature de bouddha.

Afin de préserver cette vision pure et cette ouverture du cœur il y de nombreux moyens habiles que je ne ferai qu’évoquer aujourd’hui : les quatre rois protecteurs en façade des temples, les représentations courroucés (bien difficiles à décoder par les non initiées), la luxuriante décoration picturale (qui dénote avec l’austérité de nos églises), le silence dans les centres de retraites cloitrées lorsqu’ils sont ouverts au publique, le port de l’habit…

Bien que les formes culturelles des lieux de culte ne soient pas des dogmes absolus, elles n’en constituent pas moins des moyens habiles aux précieux bienfaits. Dans le futur nous étudierons en détail tout cela. Cette science de l’esprit et des moyens habiles me passionne. Ceux qui voudraient réduire l’étude du dharma à sa pure expression cognitive, philosophique… passent à côté d’une foule de richesses d’une efficience remarquable. René Guénon dit de très belles et profondes choses à ce sujet dans son livre Initiation et réalisation spirituelle.

Revenons au centre de Gangten Tulkou rinpoché. J’en étais là : je vais encore rester ici quelques jours à apprécier le lieu, la présence de rinpoché et les liens avec les pratiquants.

Vous avez eu la patience, et/ou l’intérêt de lire ce long début d’article, j’en arrive aux points que je vous annonçais dans le précédent article :

– le Shédra (institut d’étude philosophique en ligne) de rinpoché

– une surprise qui a marqué mon périple estival et le défi !

Le Shédra

Dans les monastères de la tradition himalayenne, on trouve souvent trois « entités » :

L’étude des rituels, l’étude des textes philosophiques et les centres de retraites méditatives de longue durée.

Les centres de retraite comportent très peu de pratiquants, ceux-ci demeurent en retraite stricte coupés du monde pendant plusieurs années. La retraite traditionnelle dure trois ans et trois mois, mais il existe également d’autres formes de retraite dont celle des tokdens (1) de Tashikong qui demeurent en retraite à vie ! Je publierai un article sur les tokdens. J’en ai rencontré en juillet 2011. J’ai réalisé un petit clip dans lequel on en voit dans la seconde moitié. Voir le clip « Holy India »

(1) Tokden signifie « réalisé ». Les tokdens ne sont autorisés à entrer en retraite qu’après la réalisation de la nature de l’esprit ! C’est-à-dire après qu’ils aient atteint la première terre de bouddha.

Un monastère comporte aussi une section qui étudie les rituels, les chants… C’est la partie du monastère qui concerne le plus de moines.

Une troisième partie concerne le collège philosophique : « le Shédra ». Le programme d’étude dure de six à neuf années en fonction des monastères. Bien que le volume horaire d’étude ne soit sans comparaison avec notre système secondaire français, le niveau des textes étudiés est très élevé et pointu. Les moines y étudient la logique, la rhétorique, les règles monastiques, les fondements de la philosophie du Bouddha, les textes avancées sur la vacuité, les tantras… Toutes ces études aiguisent l’esprit, le discernement, l’intellect. De là certains peuvent obtenir des réalisations.

Mais pour beaucoup, l’étude intellectuelle ne suffit pas. Le sens profond des textes n’est accessible que par l’expérience. Certains maîtres disent même que l’étude approfondie des textes ne peut être abordées que depuis la réalisation ! L’étude devient alors, pour ces grands méditants, un moyen pour sceller leurs réalisations et développer des « habiletés » … Vaste sujet que j’espère pouvoir aborder avec un ami français moine dans un monastère. Nous le voyons à 1’57’’ dans le clip Holy India.

Lors d’une formation audiovisuelle en juillet 2010 en Inde, j’ai réalisé un court documentaire sur un grand monastère.

Voir le film « PAUSE TIBETAINE ».

Shédra en ligne

Gangten Tulkou Rinpoché déploie depuis quelques années un institut d’études philosophiques en ligne qui se perfectionne peu à peu. Désormais il est possible de s’abonner en ligne et de suivre un cursus d’explications de textes par vidéo. Cela représente une vidéo de trois heures par semaine en général.

Les maîtres tibétains commencent à utiliser internet pour enseigner, il est possible d’assister régulièrement à des enseignements du Dalaï Lama, du Karmapa… en direct sur internet !

Voici une vidéo où rinpoché annonça l’ouverture de ce Shédra en ligne le 1 octobre 2010. Vous y trouverez aussi la transcription. Cette vidéo est une petite immersion dans l’atmosphère d’un monastère bhoutanais peu éclairé… on s’y croirait…

Voir la vidéo de lancement du shédra

Extrait :

« Le programme du Shédra en ligne est supposé être un programme en 8 ans, et jusqu’à présent nous avons décidé des thèmes et de la programmation pour les 5 premières années ; ainsi que de l’ensemble des textes que nous allons étudier et discuter en 1er, 2 eme, 3 eme, 4 eme et 5 eme année. Généralement un Shédra a un programme en 8 ans.

Pourquoi devons nous établir cette nouvelle tradition, ce nouveau style de Shédra ? Parce que les temps ont changé et que l’esprit des gens, leur façon de penser et leur façon de vivre ont changé. Ainsi, afin de leur être bénéfique, en nous basant sur la tradition ancienne, nous allons essayer d’adapter le programme du Shédra classique à ces nouveaux bénéficiaires…

Nous avons de nouveaux outils, de nouvelles technologies, des ordinateurs dont nous savons bien nous servir. Ces nouvelles technologies se sont  répandues. Dans le futur, Gangteng Gompa sera le point central duquel seront envoyés ces enseignements à travers le monde entier grâce à l’informatique et par le biais d’internet. De ce fait, des personnes du monde entier pourront en bénéficier et ainsi  apprendre et étudier.

Les gens ont des ordinateurs et des portables à leur bureau, dans leur maison, ou que vous alliez, vous avez accès à un ordinateur. Les gens les utilisent régulièrement. Si vous souhaitez étudier vous pouvez même emmener votre ordinateur portable aux toilettes ! Vous pouvez l’utiliser dans votre cuisine, sur votre lieu de travail, à la maison, vous pouvez l’emmener dans la montagne. Si vous voulez étudier vous pourrez toujours le faire grâce à cette technologie. Alors merci à elle car maintenant elle nous permet de répandre ces enseignements sur l’ensemble de la planète. Les bénéfices vont en être vraiment énormes, vraiment extraordinaires !

Quel est l’avantage du Shédra, l’intérêt d’étudier dans ce Shédra ? En ce moment, nous vivons dans une nouvelle époque, et les gens aussi sont différents. Actuellement, l’économie et les technologies progressent vraiment très rapidement. Les choses évoluent très vite et sont de plus en plus sophistiquées. Les appareils-photos, ordinateurs et technologies d’aujourd’hui seront obsolète demain, les nouveaux gadgets de cette année seront dépassés l’année prochaine. Tout progresse tellement vite. Par conséquent, à cause de cela, les personnes deviennent parfois distraites et perturbées. Certaines personnes deviennent vraiment malheureuses, et même folles. Afin de remédier à cela, nous essayons de ranimer la tradition, de raviver le Dharma qui tend à être dégénéré ces temps-ci. C’est ce que nous essayons de faire avec ce programme en ligne. »

Compte tenu des compétences que je commence à développer grâce à une formation aux outils du bloging, je vais donner un coup de mains au Shédra pour mettre les vidéos en ligne etc… Ici dans le jura, j’ai abordé cela avec des responsables françaises du Shédra (merci Jeanne et Corinne ! ) et avec la secrétaire européenne de Gangten rinpoché. J’ai également apprécié la sympathie et la simplicité joyeuse du jeune traducteur polonais proche de rinpoché, que l’on voit dans la vidéo. Il a en charge la réalisation des vidéos au Bhoutan, tout un programme : plusieurs heures de motos sur les routes bhoutanaises pour accéder à un cyber café ! Quel mérite et quel fun !

J’aurais l’occasion de vous reparler de ce Shédra, pour l’instant le site n’est pas très explicite quant au programme proposé. Les deux premières années du cursus sont déjà en ligne, une large partie de la troisième année est réalisée… Je découvrirai tout cela en détails dans les temps à venir.

Cette première étape du défi m’aura donc ouvert cet horizon :

Pratiquer la vertu en mettant mes compétences au service de ce Shédra Dzogchen.

Pour ne pas que cet article soit interminable (les internautes veulent « du rapide »), j’en resterai là aujourd’hui. Vous devrez donc encore patienter pour savoir quelle fut la surprise de cette première étape de mon défi.

 

Dans le prochain épisode :

– une surprise qui a marqué mon périple estival et le défi !

– des liens vers le Shédra en ligne

 

Revoir les grands axes du Défi des 20 maîtres

Accéder au menu du journal de bord du défi

 

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