Le bruit pire ennemi ou ami de la méditation?

En général nous considérons le bruit comme un obstacle à la méditation, tout son devient comme une épine que nous voudrions arracher… Quelques « moyens habiles » peuvent les transformer en amis !

Si vous voulez aller directement à la méditation sauter jusqu’au titre MEDITATION en milieu de page.

Dans la première partie de l’article, j’ai insisté sur l’importance d’enraciner notre pratique méditative dans le quotidien ; l’exemple du son est parfait ! Nous allons voir  comment transformer les situations sonores « adverses » en « amis sur le chemin ». Mais ce qui suit vaut aussi pour les situations où le bruit environnant n’est pas forcément problématique. L’approche se développe en trois temps  que sont « les trois piliers de l’intégration » :

Stabiliser, focaliser, intégrer

 

En général notre rapport au son est emprunt d’une très forte saisie. Cette saisie a ce prodigieux pouvoir de passer en vitesse accélérée les 12 maillons qui constituent la chaîne de l’interdépendance. Un article ultérieur viendra préciser cette notion. Je préfère aujourd’hui aller à l’essentiel : la pratique elle-même. En résumé, ces douze maillons sont des mouvements cognitifs qui se succèdent et conduisent à nous faire expérimenter tel son comme agréable, tel autre comme désagréable ou tel autre comme neutre ; de là nous ressentons des émotions (« positives » ou « négatives ») puis  nous réagissons par des mots, des gestes, des pensées… qui façonnent des habitudes, qui elles-mêmes nous lient à des « modes de réponses » qui nous sont propres. C’est ainsi que notre tempérament se façonne, il est la source et le siège de nos émotions. Dans une situation précise, mille individus auront mille façons de vivre la situation et de réagir. Ainsi bonheurs et souffrances ne sont pas le fruit de la situation mais de notre façon de « l’habiter », de la vivre. La méditation que je vous propose est en lien étroit avec ces 12 maillons.

Il existe plusieurs façons d’intégrer le son à notre chemin spirituel :

– une approche consiste à « donner du sens » au bruit environnant

– une approche consiste à « offrir » le bruit environnant

– une approche consiste à contempler la nature du son

Aujourd’hui nous abordons la première approche : « donner du sens » au bruit environnant. Les articles suivants aborderont les autres approches.

MEDITATION

 

Pour méditer ce qui suit, faites en sorte que votre environnement ne soit pas trop silencieux, le son sera l’objet de notre méditation. S’il le faut allumer la télé ! Pas trop fort, juste ce qu’il faut pour que vous distinguiez les propos, la musique…

« donner du sens » au bruit environnant

Je resterai bref dans les explications pour que cela soit d’avantage une pratique.

1) Stabiliser et poser l’esprit sur l’objet de la méditation

 

La position

Prenez une position propice à la méditation, sur une chaise ou sur un coussin, l’essentiel étant d’avoir le dos droit, une bonne assise. L’ambiance, le décor etc… n’ont pas d’importance car l’objet de la méditation sera sonore. Le reste serait distraction.

 

C’est un moment où vous prenez soin de vous avec bonté !

Votre respiration douce par le nez est votre fidèle ami.

Les paumes des mains sur les genoux favorisent l’ancrage en votre corps, en l’ici et maintenant.

 

Respirez

Prenez un moment pour vous poser sur votre respiration, naturelle et douce.

Quelque soit son rythme, respecter le… Laissez faire…

Quand vous sentez qu’elle s’est apaisée prenez conscience que cette respiration est d’une grande bonté : elle vous nourrit, elle vous anime !

Demeurez uni à votre respiration une ou deux minutes.

Malgré le bruit, vous êtes là pour prendre soin de vous et pour apprendre à intégrer ce bruit… qui va devenir votre ami… Il est là pour vous ouvrir à plus de discernement. Cette situation bruyante est un maître !

Si durant cette phase des pensées vous assaillent revenez sans cesse à la respiration. Les pensées sont normales… Avec l’habitude de la méditation et un travail sur « leurs sources » elles seront moins nombreuses. Ne les considérez pas comme un obstacle, le « véritable » obstacle est l’absence de retour au sujet de la méditation.

Le son

Puis posez votre attention sur le bruit environnant.

2) Focaliser votre attention et notre discernement

Aujourd’hui nous allons « donner du sens au son ».

D’ordinaire les sons dérangeants sont ceux qui viennent contrarier nos habitudes, nos envies… Ce que NOUS sommes, ce que NOUS souhaitons se heurte à « l’ennemi extérieur ». Il s’en suit alors des émotions etc etc… Aujourd’hui nous allons faire l’effort nécessaire pour nous placer depuis un autre point de vue : celui de l’autre, celui qui génère le son, le bruit. Nous allons orienter notre discernement non pas vers ce que JE veux MOI, mais vers la situation telle qu’elle est : vers celui qui génère le son.

Là aussi il est possible de conduire cette méditation de plusieurs façons, ici nous allons utiliser « les 4 pensées incommensurables ».

les 4 pensées incommensurables

Quelque soit la situation, la ou les personnes qui génèrent le bruit, les sons, peuvent être classés en 4 catégories : les êtres demeurant en le bonheur, les êtres en souffrance, les êtres en la joie, les êtres demeurant en l’équanimité.

1)      Si le bruit, les sons, semblent produits par une personne heureuse nous méditons ainsi :

Puissent cette personne demeurer en le bonheur, et les causes de son bonheur perdurer.

Puissent tous les êtres demeurer en le bonheur et posséder les causes du bonheur.

Méditer ainsi.

C’est méditer l’Amour.

2)      Si le bruit, les sons, semblent produits par une personne en souffrance (colère, agitation…) nous méditons ainsi :

Puisse cette personne ne plus endurer la souffrance, puisse cette personne être éloignée des causes de sa souffrance.

Puissent tous les êtres être séparés de la souffrance et des causes de la souffrance.

Méditer ainsi.

C’est méditer la Compassion.

3)      Si la personne générant le bruit semble en la joie, méditer ainsi :

Puisse cette personne demeurer en la joie.

Puissent tous les êtres demeurer en la joie dépourvue de souffrance

Méditer ainsi.

4)      Si la personne générant le bruit semble équanime (tranquille, ni en le bonheur, ni en la souffrance), méditer ainsi :

Puisse cette personne demeurer en l’équanimité.

Puissent tous les êtres demeurer en la grande équanimité libre de partialité, d’attachement et d’aversion.

Méditer ainsi.

Fin de la méditation

Le bruit peut ainsi être intégré et non rejeté ou craint.

3) Intégration du son et des situations sur la voie

En faisant du bruit une situation propice à la méditation de ces 4 pensées nous voyons donc qu’il est possible de méditer n’importe où et n’importe quand ! C’est un type d’intégration « analytique » qui passe par le raisonnement. Lorsque nous aborderons l’intégration du son selon la troisième approche qui consiste à contempler la nature du son, nous verrons que plus il y a de bruit mieux c’est ! Il est des pratiques qui sont particulièrement adaptées aux milieux « non paisibles »… Les outils du bouddhisme himalayen sont particulièrement habiles…

En méditant régulièrement sur les bruits de cette façon là, vous allez vous familiariser avec les 4 pensées incommensurables et vous serez des experts au moment d’aborder ce thème en détails. Les bienfaits de ces réflexions, comme leur nom l’indique, sont incommensurables. Ces 4 pensées constituent un point important sur la voie qui intègre autrui sur le chemin…

Non seulement les bruits mais aussi toutes les situations de la vie quotidienne nous permettent de méditer ces 4 pensées. En cultivant notre vigilance, nous pouvons être présents aux personnes qui nous entourent, nous pouvons prendre conscience de leurs états d’esprit. Elles peuvent toutes être « classées » en ces quatre catégories : personnes en souffrance, personnes bienheureuses, personnes joyeuses ou personnes équanimes. Par exemple une personne agacée sera « classée » en la catégorie des personnes en souffrance etc… En nous appliquant à classer toutes les personnes que  nous rencontrons, que nos côtoyons, nous allons développer deux forces très importantes : la force de la vigilance qui consiste à rester vigilant quant à « ce qui traverse notre esprit » et la force du rappel qui consiste à ne pas oublier l’exercice (classer toutes les personnes que l’on rencontre). Ces deux forces sont très précieuses et seront fort utiles en méditation.

Cet exercice abordé à travers le son peut donc se décliner dans toutes les situations de la vie. Vous avez donc désormais beaucoup de temps pour méditer… et aucune excuse pour ne pas méditer… 😉  Je vous ai ainsi trouvé beaucoup de temps pour méditer !  C’est un cadeau…

Je vous invite à vous entrainer dans un premier temps « sur le coussin ». Ensuite, essayez cet exercice dans toutes vos activités. Avec l’habitude il deviendra spontané. Vous serez alors au cœur de la « force du rappel » qui a de grands bienfaits, le premier étant de mettre beaucoup d’espace entre vous et les situations, tout en vous rendant très présent en l’ici et maintenant. Vous émotions pourront alors cohabiter avec cette force qu’est la présence. Il vous sera plus facile d’agir avec discernement, retenue et habileté… voire avec douceur, humour  et amour ! Après quelques semaines vous vous surprendrez !

N’hésitez pas à venir poster vos commentaires sur votre pratique de ces 4 pensées au cœur du bruit et du quotidien.

Je recommande cette pratique aux enseignants ayant des classes bruyantes…

Question subsidiaire : quelle sont les situations de la vie où vous aimeriez avoir des conseils pour « méditer dans l’action ».

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