ateliers vacuite Avez-vous déjà entendu parler du thème de la VACUITÉ ? Est-ce clair en votre esprit ? Aimeriez-vous en savoir plus ?

Avec cet article nous allons baliser un chemin possible pour aborder et réaliser la vacuité. Vaste et profond sujet. C’est le sujet incontournable, le sujet « final » qui marque le passage entre samsara et nirvana, entre illusion et éveil. En d’autres mots :

Tout éveil est éveil à la vacuité des phénomènes.

En fin d’article, je vous inviterai à une journée méditation en ligne sur le sujet de la vacuité.

(voir tout en bas)

Mais tout d’abord un grand merci à Chantal qui m’a posé cette question :

Bonsoir Arnaud 

Est-ce que nous avons tous la vacuité au fond de nous mais nous ne savons pas l’employer ?    Chantal

 Merci Chantal.

Cette question sous-entend que la vacuité est quelque chose à chercher, à actualiser, à utiliser… comme si nous en serions séparés à présent. Selon cette approche, le chemin spirituel serait comme nous rendre en bord de mer en partant du cœur du Massif Central, du cœur des terres. La vérité est bien plus brillante : nous sommes déjà sur une embarcation au cœur même de l’océan !! Nous sommes déjà au cœur même de la vacuité, elle n’est pas à développer mais à reconnaitre.

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Illustration :  Pyraths     Licinia/KatiaEven/Francesca Pesci

Y voir plus clair au sujet de la vacuité

Réaliser la vacuité permet de transcender le samsara donc d’atteindre le nirvana. C’est un premier niveau. Mais il est un degré plus profond encore : réaliser la vacuité c’est réaliser votre nature de bouddha : l’éveil. Vous allez comprendre pourquoi nirvana et éveil ne sont pas synonymes.

Les étudiants/méditants qui abordent la vacuité le font selon des angles et des degrés de subtilité propre à l’école qu’ils suivent. Nous allons dresser un bref panorama des approches. Cet article se veut bref et absolument non exhaustif 😉 Il a pour simple objectif de vous présenter une progressivité dans l’approche de la vacuité.

Vacuité du soi des objets

Un premier niveau d’étude et de pratique permet de réaliser que notre attachement aux objets nait de la conception d’un « soi » que nous attribuons à ces objets. Par exemple la montre que je trouve magnifique fait naître en moi le concept « montre ». Nous cristallisons notre attention sur « la montre ».

Des réflexions et méditations graduelles permettent de prendre conscience que notre attachement se pose sur un rassemblement de parties (les pièces de la montre) mais que la montre n’existe pas en elle-même. En méditant assidument des instructions précises et graduelles, nous pouvons arriver à l’expérience DIRECTE que la montre n’existe pas. C’est alors l’écroulement de la saisie de la montre.

Le mot méditation se dit gom en tibétain et signifie « habituation ». Méditer ce premier niveau de vacuité consistera donc à habituer notre mental à se focaliser sur les parties plutôt que sur le concept montre. Cette habituation entraînera la réalisation de l’absence de montre en tant qu’objet existant en lui-même. C’est un changement d’angle d’observation et de perception qui dissout une nuée de mécanismes cognitifs à la source des émotions perturbatrices grossières et subtiles.

Réaliser cela, c’est enlever toutes les étiquettes conceptuelles que nous posons sur l’ensemble du monde qui nous entoure. Nos émotions étant conditionnées par ces concepts, réaliser ce niveau de vacuité c’est naître à une perception pure du monde, une perception dénuée de nos projections. Cela ne se fait pas en un jour, mais c’est possible: c’est nous reconnecter à un état primordial de plénitude d’où émerge la paix, le contentement, la créativité, la sensibilité, la disponibilité et mille et une vertus.

Certes l’objet existe « devant nous » et nous pouvons l’utiliser, le voir… C’est la vérité relative que nous ne remettons pas en cause.

Mais nous enrichissons notre expérience d’un niveau de réalité plus subtil : bien que la montre se manifeste comme objet, nous pouvons réaliser qu’elle n’est que le rassemblement de parties donc n’existant pas en soi.  Tout comme le tas de sable ou la flemme d’une bougie n’existent pas. La flemme d’une bougie n’étant pas la même d’instant en instant. La flemme n’est donc pas en train de bruler depuis une heure 😉 Ce second niveau d’analyse de l’objet est plus subtil, c’est la vérité ultime, selon l’angle de la vacuité qui vient d’être énoncé.

Le terme exister se dit de plusieurs façons en tibétain :

yeu pa : exister dans le sens où je perçois la montre. La montre existe.

den par trup pa : exister en tant qu’entité réelle. Dans ce sens l’ar-en-ciel n’existe pas, la montre non-plus et l’ensemble de tout ce qui fait notre environnement et le monde.

Et la vacuité dans tout ça ?

Le terme vacuité désigne l’union de l’apparence (la forme) et de l’absence d’existence en-soi de la forme (l’absence d’entité réelle « montre »).

La montre existe mais n’existe pas.

Elle n‘existe pas mais existe.

Elle est au-delà de l’existence et de la non-existence.

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La forme est vide et le vide est forme

Bouddha

Les deux vérités relative et ultime ne s’opposent pas, elles se complètent. Expérimenter ces deux niveaux de réalité a de très nombreux bienfaits.

Vacuité de l’égo

Ensuite, nous pouvons porter notre raisonnement sur l’égo (moi, je) en nous demandant où il se situe.

Une série d’exercices et méditations graduels (gom rim) permettent d’expérimenter que bien qu’il se manifeste l’égo n’existe pas en soi. En faire l’expérience c’est expérimenter le caractère illusoire de l’égo. Certes il se manifeste avec puissance, et l’actualité dans le monde est la preuve criante que l’égo existe bien (de façon relative) car il entraine des guerres, des querelles, des émotions… mais cet égo est de nature illusoire. Nous ne nions donc pas qu’il existe (de façon relative), mais des méditations permettent de nous reconnecter à son caractère illusoire. C’est alors l’écroulement des mécanismes cognitifs à la source des émotions perturbatrices.

C’est la résorption du grain de sable plus fin qu’une pointe de cheveu qui génère et endure les émotions perturbatrices.

L’égo se manifeste mais il est illusoire. On parle donc de vacuité de l’égo.

Expérimenter la vacuité de l’égo nous conduit à réaliser la nature ultime des phénomènes dont il est l’origine (conditionnements, émotions perturbatrices, karma, dualité, réincarnations…). Réaliser la vacuité de l’égo c’est atteindre le nirvana, l’au-delà du cycle des existences conditionnées. Et cela se réalise de notre vivant.

L’ensemble des enseignements sur la mort, les processus au moment de la mort, le bardo, la réincarnation… peuvent s’étudier sous un angle cognitif. C’est sous cet angle qu’ils sont le plus utiles. Car comme le dit le Dalaï Lama

dalai-lama SMART mort

Une série d’investigations/méditations vont vous emmener plus loin encore, car le nirvana n’est qu’une étape intermédiaire entre notre état illusionné habituel et le plein éveil.

Non dualité

L’une des étapes suivantes va vous conduire à réaliser que l’ensemble des phénomènes, l’ensemble du monde, radicalement TOUT, émerge en votre esprit ! Vous serez amené(e) à faire le grand-écart entre la vérité relative où le monde vous est extérieur et la vérité ultime où le monde (celui « devant nous ») n’est QUE votre esprit. Gloups ! Une sacrée pilule que l’intellect ne suffit pas à faire passer.

Notez que j’ai parlé de grand-écart, signifiant que la vérité relative que nous expérimentons d’ordinaire n’est pas annihilée 😉

Des exercices et méditations vous permettront peu à peu d’expérimenter l’incompréhensible.

Vacuité des phénomènes

Puis, encore plus loin, c’est la nature des phénomènes émergeant de votre esprit qui sera abordée. Vous pénétrerez alors dans un univers où l’ensemble des grandes traditions spirituelles se rejoignent. Derrière leurs vraie-fausses divergences didactiques et théologiques, les grands mystiques des grandes traditions et les scientifiques se rejoignent sur ce terrain. Mais laissons-leur l’altérité et la beauté de leurs voies respectives. Toute alchimie est bonne si elle mène au sommet.

Cette phase d’habituation de perception des phénomènes comme émanant de votre esprit permettra de réaliser votre nature de bouddha en tant que fondement, chemin et fruit.

Depuis toute origine votre esprit est de même nature que celui des bouddhas du passé, du présent et du futur. C’est votre nature de bouddha en tant que fondement. Bonne nouvelle non ?

Le chemin spirituel peut s’appuyer sur des moyens prenant d’emblée en compte cette perfection originelle. C’est votre nature de bouddha en tant que chemin. Cette approche est caractéristique des tantras.

Si vous voulez vous éveiller, méditez sur les pas des éveillés!

Lorsque les voiles (émotions perturbatrices, karma, conditionnements, ignorance fondamentale) sont dissipés, la nature de l’esprit apparait dans toute sa pureté et dotée de mille et une qualités. C’est votre nature de bouddha en tant que fruit.

Vous avez déjà en vous toutes les qualités des bouddhas. Vous n’allez pas les développer, les « recevoir d’en haut », vous allez les actualiser.

Quelle merveille que cette précieuse existence humaine ! Il nous est donné d’étudier, de pratiquer et de réaliser ce que des générations de sages ont réalisé et transmis. Ce qui est magique c’est que tout cela peut s’étudier et se pratiquer quelque soit votre tradition spirituelle, et même si vous n’en suivez pas !

Qu’il est frustrant de survoler ce sujet!!!! Les initiés auront noté l’absence de références et les raccourcis. Faire bref demande des choix qui hélas masquent l’ampleur des trésors à récolter.

Si vous voulez découvrir en détails ce processus graduel de méditations contemplatives, je vous convie à plus de 5H25 d’étude/méditation. Nous y abordons les points majeurs d’un gom rim (chemin progressif de méditation) dédié à la vacuité.

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