A quelque jours de mon départ pour l’Inde où je vais faire une retraite avec un grand maître tibétain expert en les processus d’éveil au moment de la mort, je vous propose un excellent livre.

Cela fait un certain temps que je m’étais promis de publier un article sur ce très bon livre d’une amie qui aborde la mort façon remarquablement documentée.

Le travail de fond  réalisé par Martine Blot est remarquable. En nous proposant un vaste tour d’horizon des façons d’appréhender la mort par les différentes cultures, nous sommes amenés à comprendre que notre façon de la concevoir et la vivre façonne notre expérience, nos peurs ou libérations lorsqu’elle se manifeste.

Ainsi Martine écrit:

« Notre relation à la mort ne serait-elle pas une erreur optique  comme celle du petit garçon. L’effroi que nous avons de la mort, cette  ignorance que nous avons  de la mort et du soleil  qui part éclairer d’autres univers ! »

Martine Blot nous présente brièvement les différentes pratiques rituelles selon les civilisations, avec une belle partie consacrée au Bardo Thödol tibétain. Puis nous nous immergeons en l’essence des rites des différentes grandes spiritualités en France. Vous découvrirez de merveilleuses citations qui auraient peut-être mérité qu’on en fasse une lecture mystique. Car n’oublions pas que si la liturgie accompagne la mort physique, elle est surtout faite pour éveiller les vivants aux mystères de la mort du temps de leur vivant.

Comme le dit le Dalaï Lama:

« Tous ces enseignement sur la mort, les bardos, la réincarnation… sont intéressants. Mais il s’agit de les réaliser de notre vivant. ».

le Dalaï Lama:

Ainsi, chaque personne réellement initiée peut faire des rites religieux des moments de contemplation où le petit soi (ego-centre) s’oublie et se fond en une dimension plus vaste de l’être. La « mort mystique » étant ce passage où l’ego-centre se résorbe (sa nature illusoire étant reconnue) et laisse apparaitre notre vrai visage, notre nature de bouddha disent « les bouddhistes ».

« Jamais peut-être le rapport à la mort n’a été si pauvre qu’en ces temps de sècheresse spirituelle où les hommes, pressés d’exister, paraissent éluder le mystère. Ils ignorent qu’ils tarissent ainsi le goût de vivre d’une source essentielle. » François Mitterrand

Le challenge des guides spirituels est de nous mener au coeur de cette source du temps de notre notre vivant, ce qui nécessite de nous dépouiller de croyances, mécanismes cognitifs illusoires… Vaste et profond sujet universel abordé par toutes les grandes traditions spirituelles!

« Je viens de cette âme qui est l’origine de toutes les âmes. Je suis de cette ville qui est la ville de ceux qui sont sans ville. Le chemin de cette ville n’a pas de fin, va, perds tout ce que tu as, c’est cela qui est le tout. Dans la mer de fidélité, je me dissous comme le sel. Il ne me reste ni impiété, ni foi, ni doute. Dans mon coeur brille une étoile, et dans cette étoile là sont cachés les sept cieux. » Rubai Yat, Djalâl ad-Dîn Rûmî (soufi – islam)

Ensuite, ce sont trois précieux témoignages d’hommes religieux autour de la mort dans notre monde moderne en France : un prêtre, un pasteur et un imam. Ils abordent l’évolution des rites au fil des siècles mais soulève aussi l’absence de consensus qui peut régner au sein même d’une tradition au sujet de telle ou telle notion. Ce livre est vraiment très riche d’enseignements et laisse toute sa place à la diversité des façons d’appréhender la foi et les rites, même au sein d’une même tradition.

Il en ressort que les croyants sont de moins en moins pratiquants, ce qui conduit à un manque de repères au moment des rites funéraires.

« Les repères traditionnels pour aider quelqu’un à entrer en deuil se sont perdus. Vous dites à beaucoup de gens : « je vais vous lire un psaume » ; il demandent : « qu’est-ce que c’est un psaume ? Pourquoi faut-il lire cela « ? Les gens ne disposent pas de ces références culturelles. J’exagère un peu, mais je crois qu’à certains endroits, c’est tout à fait le cas. » Pasteur Stuart Ludbrook

Si le nombre de croyants et de pratiquants diminue comme la rosée au lever du soleil, quels seront les références culturelles et cultuelles qui habiteront les générations à venir ? Quelles clés auront-ils face à la mort pour les aider en le deuil ou les conduire au dévoilement des mystères ?

Etats de conscience modifiés et animaux

Dans les dernières parties, Martine Blot aborde la mort chez les peuples traditionnels, la mort en milieu hospitalier, les états de conscience modifiés. Et pour terminer, c’est la mort des animaux qui est traitée. De la mort des animaux d’élevage aux animaux domestiques la question est posée : pourquoi et comment pouvons-nous marginaliser la vie animale à des espaces hors de notre conscience où on ôte la vie, le soleil, la lumière aux animaux par milliards ?

« Pour reprendre le chemin vers l’Unité, l’homme a plusieurs aides et guides dont les animaux, d’où ce sentiment d’abandon et de solitude tant marqué à la mort de son animal. Les animaux nous suivent, nous précèdent, nous guident, nous secourent et nous soulagent de nombre de maux qu’ils soient physiques, émotionnels ou spirituels. » Martine Blot

La vie-présence animale est partie intégrante de la vie (de l’univers) de chacun. La négliger, voire l’ignorer, c’est ignorer une partie de notre être et ne pas vivre relié à la Réalité. Maltraiter l’autre, qu’il soit humain ou animal, c’est agir à l’encontre de notre bonté fondamentale, c’est renier la plus belle partie de nous-même : notre coeur. Mais cela est rendu par l’émergence de ce centre-ego façonné par de nombreux conditionnements. Le transcender en réalisant sa nature illusoire, voilà ce que nous propose la spiritualité. Et c’est bien tout le sujet de la notion de mort que l’on peut aborder sous bien des angles.

Je vous recommande vivement la lecture de ce livre, surtout si la mort est un sujet qui vous préoccupe. Quoi qu’il en soit la « mort » peut-être un lumineux choix pour la Vie !

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4e de couverture

« Depuis mon enfance, suite à trois expériences très fortes dans le même temps et dans le même espace, l’idée du passage m’accompagne. L’expérience d’une mort imminente, le décès à mes côtés d’une petite fille hospitalisée, et l’arrivée dans la maison familiale d’Amis Pieds Noirs cherchant asile me firent basculer dans « l’impermanence » de la réalité. Ensuite, au cours de l’exercice de mon métier d’infirmière très jeune, j’ai été présente au moment de l’agonie et de la mort des patients dont j’avais la responsabilité. Et c’est avec mes propres ressources intérieures que j’accompagnais les mourants dans ces moments-là. Ces différentes expériences ont été comme le déclenchement d’une soif de comprendre ce qu’est la Vie et pourquoi on naît sur terre et pourquoi l’on en repart en mourant. Apprivoiser l’idée que nous avons de la mort, pour laisser la vie battre son plein, dans cet ultime instant, en partage, est le propos ce livre. »

Martine Blot

Après 10 ans d’expérience en clinique privée et 25 ans dans le secteur de la santé au travail au sein de grands groupes internationaux, Martine Blot réfléchit depuis plusieurs années à l’accompagnement en fin de vie. Ancienne du CENATHO de Paris, diplômée en psychologie de l’université de Tours, titulaire d’un DU en ethno-médecine de l’université de Strasbourg et d’un Master Management, Travail et Développement Social de l’université Paris Dauphine, elle est également certifiée en relation d’aide et d’écoute. Son parcours lui permet de porter un regard à 360 sur la fin de vie.

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Pour aller plus loin

Je publierai tout prochainement une série d’enseignements et méditation sur le non-soi, le caractère illusoire de l’ego : seul point d’entrée en le nirvana.

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