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Etes-vous un tigre de papier ?

C’est se prendre pour une chose apparemment menaçante et puissante, mais en réalité être inoffensif voire fragile. Toutes nos joies ordinaires sont celles d’un tigre de papier ! Nos joies ordinaires nous donnent l’illusion d’une stabilité, d’une solidité… mais nous sommes la vulnérabilité même !

Cet article contribue au carnaval d’articles La joie de vivre organisé par Brice du blog Sourire au Stress et coordonné par developpementpersonnel.org

A travers deux articles, je vous invite à une investigation en psychologie contemplative, découvrez pourquoi la Grande Joie est discrète et au combien nourrissante, contrairement aux joies habituelles clinquantes, sources d’illusions et refuges pareils à des maisons de paille.

Nous passons à côté de notre propre trésor

La vie est ponctuée de moments de grandes joies mais également de moments plus ternes voire bien difficiles. Ces grandes joies vous mettent-elles à l’abri des peines ? Considérer vos joies comme la cause du bonheur et partir sans cesse à la chasse aux causes de ces joies c’est vous cuisiner une vie de tigre de papier.

Courir après les sources de satisfaction extérieures pour récolter des joies intérieures est une manoeuvre qui vous offre ses fruits fugaces, mais c’est une stratégie qui ignore la cause des souffrances et les causes du bonheur profond, stable et inconditionnel. En faisant une pause dans vos quêtes de bonheurs “ordinaires” tournés vers les objets des sens, les évènements extérieurs… vous vous offrez la possibilité de prendre conscience d’un prodigieux trésor qui demeure déjà en vous : une Joie Profonde inconditionnelle et perpétuelle malgré les aléas de la vie et au coeur même des aléas ! Quel luxe !

 

Offrez-vous La Grande Joie

En tibétain le mot bouddhiste n’existe pas, il est dit “nangpa”. Cela signifie “celui qui regarde à l’intérieur”. La science du Bouddha vous invite à une extraordinaire subtilité cognitive et à faire preuve de discernement en apprenant à observer votre intériorité : comment réfléchissez-vous, comment émergent vos affectes, quels sont vos mécanismes de projection, d’identification…? Celui qui suit les pas des bouddhas est donc celui qui apprend à discerner les mécanismes de son intériorité, intériorité samsarique ou intériorité nirvanique. C’est en tournant son regard vers le discernement intérieur que le Bouddha a trouvé LA réponse à la question Comment libérer les êtres de la souffrance ?

La réponse qu’il trouva au terme de son cheminement lui permit de savoir comment vous placer en la Grande Joie.

C’est passer du Tigre de papier au Tigre Magique !

Il y a tant à dire sur ce sujet… Aujourd’hui nous en resterons à ce qui est le coeur du sujet : “la cause” des souffrances et “la cause” de l’au-delà de la souffrance.

Ne construisez pas votre maison sur un lac gelé

Auriez-vous l’idée de construire votre maison sur un lac gelé ? L’idée de l’arrivée du printemps vous dissuaderait sur le champ, non ?

Ne pas chercher à identifier les causes du bonheur profond et inconditionnel c’est bâtir votre vie sur un lac gelé: lorsque “le soleil des facteurs mentaux perturbateurs” viendront dégeler le pseudo-confort, les peines pointeront leur nez.

En revanche, orienter votre quête et vos réflexions vers votre intériorité vous révèlera une terre ferme : votre nature profonde, indifférenciée de la Grande Joie. Une fois reconnecté(e) à ce trésor, libre à vous d’organiser votre vie comme bon vous semble. Il n’est donc pas question de modifier quoi que ce soit de votre vie familiale, sociale, professionnelle… Le challenge est lié à votre intériorité pas à ce qui vous entoure.

Il y a un dicton tibétain qui dit :

« Le monde est rempli d’épines. Au lieu de vouloir le recouvrir d’un tapis de velours, apprenez plutôt à mettre du velours sous vos propres semelles. »

 

Dans le même ordre d’idée il est dit que :

 

« Le Bouddha peut plonger en l’enfer comme un cygne en l’eau glacée. »

Les limites du développement personnel

Je ne suis pas expert en développement personnel mais versé en la spiritualité du Bouddha. Si j’ai décidé de contribuer à ce bel évènement inter-blogueurs c’est parce que régulièrement je m’aperçois d’un fait :

il est des approches en développement personnel qui boostent l’individu, qui le mettent sur des rails positifs et constructeurs. C’est excellent ! Mais, dans ce cadre, des personnes peuvent avoir des montées de fortes joies, d’enthousiasme, d’ambition, de réussite… puis chutent ! Dans ce cas, les méthodes de développement personnel sont comme préparer un bon gâteau et oublier de mettre les gants pour le sortir du four. On ne plaisante pas avec tout ce qui renforce l’égo !

De nombreux coachs aux “allures surboostées”, et habiles en communication, attirent et boostent des milliers de personnes. C’est excellent, mais combien de ces personnes demeurent-elles néanmoins très fragiles et vulnérables ? Je me questionne…

Il y a naturellement d’excellentes choses à prendre dans ces méthodes de développement personnel. Mais, pour beaucoup, elles ne vont pas jusqu’à identifier les causes de la vulnérabilité et ne permettent pas à l’individu de transcender l’égo. De plus, quasiment systématiquement, ces méthodes cultivent le culte de l’égo. Elles construisent des tigres de papier ! Nous touchons-là à la différence entre développement personnel et spiritualité.

Transcender le développement personnel

Ne serait-il pas temps d’introduire de la transcendance en ces méthodes ? Unir ces puissantes méthodes de développement personnel à la sagesse des réalisés est peut-être la spiritualité des temps à venir. Sans oublier les très nombreux et extraordinaires résultats de recherches du monde scientifique qui se penche depuis quelques décennies sur les bienfaits de la méditation. Nous sommes peut-être  arrivés à un carrefour interdisciplinaire révolutionnaire. Assaisonné de quelques épices de “politique visionnaire humaniste”, ce plat pourrait faire des miracles dont notre époque et notre monde ont bien besoin. L’équilibre sociétal y gagnerait. Mais les obstacles semblent nombreux avant de voir une telle avancée de la conscience collective.

Bref, revenons à nos moutons, à notre tigre pardon.

Dualité ou dualisme ?

Notre esprit peut fonctionner en mode dualiste et en mode non-dualiste. Ces notions sont difficiles à  appréhender, la compréhension de ces deux notions nait avec l’expérimentation directe du mode non-dualiste et ce n’est pas chose aisée. Pourtant, dans les enseignements du mahamoudra,  il est dit que cette expérience est trop simple, trop proche, trop profonde, trop pure si bien que nous ne pouvons pas l’appréhender. Nous sommes incapables de voir notre vrai visage !

La voie de la méditation du Bouddha, et des maîtres qui lui ont succédé, fournit une multitude de conseils et d’outils pour dissiper les voiles qui nous séparent de la contemplation de notre nature profonde, notre nature de bouddha qui est déjà là ! Cette nature profonde éveillée est déjà là, il ne s’agit que de la reconnaître.

Au coeur de cette expérience la dualité sujet/objet disparait, laissant néanmoins la place au dualisme. La non-dualité étant à l’éveil ce que le dualisme est aux rapports humains.

Les trésors de votre nature de bouddha

La liste des trésors que recèle votre nature de bouddha est longue. Mais pour nous limiter à la thématique du jour qu’est la joie, abordons la notion de Grand Contentement.

Lorsqu’il y a contemplation de la nature profonde non-duelle de l’esprit transcendant la notion de centre (égo), le Grand Contentement émerge. Il est accompagné de nombreuses “ondées de grâces” telles que la générosité, l’éthique, la patience, l’enthousiasme, la douceur, l’Amour, la Compassion, la tendresse…

Tous ces “signes” sont accompagnés de Joies. Le célèbre yogi tibétain Milarépa a chanté de très nombreux chants sur ce sujet. Dans le second article je ferai un commentaire d’un chant de Milarépa.

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Milarépa

Votre nature profonde si riche est perpétuellement accessible puisqu’elle n’est pas le résultat de causes et de conditions. Elle est votre nature profonde, votre “patrimoine génétique spirituel” quel que soit votre chaos. Ceci est une excellente nouvelle car : au coeur de votre chaos vous pouvez vous reconnecter à la Grande Joie !

En fonction de votre niveau de réalisation de votre nature profonde et de votre vigilance, vos affectes cohabiteront avec un sentiment de richesse, de plénitude et de Joie. Vous pourrez expérimenter l’union du samsara et du nirvana.

Votre challenge !

Mais comment vous reconnecter à cette votre nature profonde, à cette grande joie ? C’est précisément l’objet du chemin méditatif, du cheminement spirituel.

Dans le prochain article :

– les grandes étapes du chemin spirituel

– chant de Milarépa

Et vous ? Que pensez-vous des tigres de papiers ? Avez-vous de fortes joies suivies de maux plus ou moins intenses ? Vous arrive-t-il de connaître les montagnes russes ?