Vous pensez avoir trop de pensées pendant vos méditations? Vous pensez que c’est un vrai obstacle majeur?

Ne pas avoir de pensée en méditation est un  faux objectif qui vous détourne de l’essentiel.

Les pensées sont souvent considérées comme un obstacle à la méditation. S’il y a bien des instructions pour en diminuer le nombre, il en est aussi pour nous aider à méditer malgré les pensées. Vos imaginez votre cheminement si vous l’allégiez de cette obnubilation qui consiste à vouloir faire le vide?! Je vous propose deux approches.

Voyons pourquoi c’est un gros obstacle à vos avancées en méditation et pourquoi le vide intérieur n’était absolument pas un objectif majeur du Bouddha.


Les pensées en méditation ne sont pas un obstacle

Sur la voie du calme mental, l’apparition de « pensées malgré nous » est normale et se produit même chez les « pratiquants avancés ». Si leur nombre et leur puissance peut varier, ce n’est qu’aux stades très avancés du calme mental que les pensées n’émergent beaucoup moins ou plus. Ou alors la seule qui émerge est « Ah, je n’ai plus pensées. »

L’illustration ci-dessous illustre la voie graduelle du calme mental en 9 stades. Le moine y symbolise le méditant, l’éléphant l’opacité mentale (léthargie grossière), le lapin la léthargie subtile et le singe l’agitation. Tout au long du chemin, les instructions vont aider le méditant à diminuer les obstacles à la méditation que sont l’agitation et la torpeur. La symbolique sur ce chemin est riche d’instructions…

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Pour en savoir plus

Avoir beaucoup de pensées en méditation est le signe que notre terrain émotionnel et les « souffles subtils » sont agités. Parmi les approches pour les pacifier on trouve celles conseillées par le Bouddha. Celles-ci se divisent en deux : les méditations formelles et les méditations non-formelles. Il serait long de détailler la vaste liste des méditations formelles qui se divisent elles-mêmes en de nombreuses catégories. Certaines visent à dissiper les voiles des émotions perturbatrices, d’autres à transformer des conditionnements générateurs d’émotions perturbatrices et ceux entretenant la non-reconnaissance de notre nature de Bouddha… Une autre vaste section concerne les méditations permettant de pratiquer les vertus transcendantes (générosité, éthique, patience, diligence, enthousiasme-persévérance, concentration et sagesse) qui contribuent, en autres, à pacifier l’agitation mentale.

Reconnexion à la nature de bouddha

Mais il est une voie plus abrupte et informelle qui vise à nous connecter à notre nature profonde sans méditation formelle. Ces méditations ne passent pas par le mental, les visualisations, les sentiments… et se pratiquent aussi en présence de « pensées malgré nous ».

Parce qu’elles n’utilisent pas de visualisations ou supports de méditation, on les appelle « méditations sans support ». La notion de lâcher-prise intervient dans ce type de méditation sans support. Avec cet article, nous allons aborder ce type de pratique, car c’est justement cette voie qui peut aider les personnes pensant avoir trop de pensées en méditation.

Ne pas avoir de pensée en méditation est un faux objectif qui vous détourne de l’essentiel.

Si on y regarde de près, fondamentalement vous ne vous lancez pas dans la méditation pour ne pas avoir de pensée. L’être humain a des pensées. Si la méditation vous attire, c’est que vous aspirez au bien-être, voire à réaliser votre nature de bouddha. Bien-être et réalisation de votre nature de bouddha n’a rien à voir avec le nombre de pensée en méditation :

– un puissant bien-être peut cohabiter avec un mental créatif,
– les pensées participent elles-mêmes DÉJÀ de votre nature de bouddha.

Où est la clé?

Vous obtiendrez de précieux fruits avant même de ne plus avoir de pensées en méditation ! L’absence de pensées en méditation est un faux objectif qui génère beaucoup de frustration, une image de soi dévalorisée… et pousse à abandonner la méditation. Tout cela parce que l’objectif de ne pas avoir de pensée en méditation est largement répandu par manque de connaissance de ce qu’est la voie de l’éveil. L’objectif des enseignements du Bouddha n’est pas l’absence de pensées en méditation. Son objectif est clair et énoncé dès le début :

Les méditations (conseillées par le Bouddha) ont pour but de vous faire réaliser la nature des phénomènes, réaliser votre nature de bouddha.

… Ce qui induit de nombreux bienfaits dont une pacification du mental.

En quoi cet objectif énoncé par le Bouddha change le paradigme de la méditation du calme mental ? Tant que vous dirigez votre attention vers les pensées, vous en faites soit une source de gratification si elles sont belles et utiles, soit une source de souffrance si elles sont négatives ou si vous trouvez qu’elles sont trop nombreuses. Vous êtes donc centrés sur les pensées et non sur leur nature ou votre nature de bouddha. Ce qui entraine automatiquement une nuée de mécanismes émotionnels, puisqu’en étant centré sur le contenu des pensées vous en activez la charge émotionnelle.

Parce que le jugement de la qualité de votre méditation passe par cette idée reçue que « bien méditer, c’est ne pas avoir de pensée », vous passez à côté de l’essentiel.

Vers la nature des pensées

Que signifie alors diriger notre attention vers la nature des pensées et notre nature de bouddha ?
Au lieu de nous focaliser sur le nombre des pensées, une autre attitude consiste à observer (voir et non cogiter) la nature des pensées, c’est-à-dire voir ce qu’elles sont:

Au cinéma nous pouvons regarder-considérer les personnages ou considérer la toile colorée. Voir ET les personnages ET leur nature (toile colorée) c’est voir ce que « ces personnages » sont vraiment, c’est regarder « la nature des personnages au cinéma ». Pour développer la question on pourrait évoquer les textes sur la vacuité, ou alors le sketch de J.M Bigar sur les film d’horreur. 😉 Car toute la puissance des films d’horreur réside en le fait que le spectateur « entre dans l’illusion« . L’illusion produit des effets puissants. L’histoire de l’humanité en est pétrie! Qu’il soit dit en passant que la logique est la même pour tout film, car bien qu’il n’y ait aucun personnage réellement face à nous, nous en percevons. C’est la magie de l’esprit.

Réaliser la nature des personnages au cinéma est déjà un expérience intéressante.

On peut faire de même avec toutes nos pensées: QUE sont-elles? Quelle est leur nature? Leur « matière »? Leur dimension? Leur provenance? Leur localisation?…

Après la lecture de cet article, je vous conseille de méditer plusieurs minutes ces questions.

Vous ouvrir à ce type de contemplation va vous conduire non plus à considérer le nombre des pensées que vous avez pendant vos méditations, à considérer leur contenu (souvent émotionnel), à considérer les personnes en jeu dans ces pensées (lorsque vous pensez à telle personne ou à telle situation). Au contraire, ce type de contemplation va vous conduire à considérer la nature des pensées.

Lorsque votre attention est portée vers la nature des pensées plutôt que vers leur contenu, les mécanismes cognitifs en jeu sont radicalement différents, et une foule de mécanismes liés à l’ego se dissolvent. Ce qui pacifie les émotions perturbatrices.  Avec ce type d’approche, appelée « vision profonde » (lakthong en tibétain, vipassana en sanskrit), le paradigme de la méditation change : du souhait de ne pas avoir de pensée on passe à un discernement aiguisé en direction de la nature des pensées. C’est développer notre sagesse. La sagesse étant la reconnaissance de la nature des phénomènes, dont les pensées ne sont qu’une partition.
C’est une façon de prendre les pensées comme support de méditation et non comme obstacle. Ainsi, les pensées en méditation sont des maîtres et non un obstacle. Si lors d’une méditation contenant des instructions précises des pensées arrivent, vous pouvez appliquer ce qui vient d’être dit comme antidote à l’agitation mentale, puis retourner à votre méditation. Une fois familier avec la reconnaissance de la nature des pensées (ce que nous n’avons pas abordé en détails ici), les pensées ne vous empêcheront plus de retourner à vos instructions de méditation.

Pour aller plus loin

Tout prochainement, je publierai une autre façon d’utiliser les pensées en méditation. Pour être informé.e, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous. Si vous êtes déjà abonné.e à la newsletter de Terres de Repos, il n’y a rien à faire, je vous préviendrai.