Tout comme une fleur ne peut croitre sans soleil et lumière, l’homme ne peut s’élever sans éloge.
J’ai appris cette règle d’or à travers la liturgie himalayenne et la bonté que manifestent mes maîtres à l’égard de tous leurs disciples.

J’ai passé de nombreux jours auprès de mon maître principal. Les premières fois, au début de mon chemin spirituel, ces moments ont été forts et surprenants. De nombreux disciples venaient frapper à sa porte, ils avaient des attitudes, des âges et  des apparences variés. Mais beaucoup étaient pétris par une soif de libération, une soif de comprendre les mécanismes des émotions, l’alchimie des moyens habiles proposés par les sages… De tous ces coeurs émanait une constante: leur dévotion et respect pour les sages qui transmettent et accompagnent.

Bien qu’elles aient été en des degrés de souffrances divers, toutes ces personnes semblaient en quête d’un refuge spirituel qui leur apporterait des clés, l’apaisement et la connaissance. La simple rencontre avec mon maître était déjà elle-même une source transformatrice.

Toutes ces personnes frappaient à la porte de façon différentes. Généralement mon maître répondait avec une voix douce, posée et aimante. C’est d’ailleurs son attitude habituelle qui est un profond et puissant reflet de son intériorité. Mais parfois il « surfait » sur la façon dont ces personnes frappaient à la porte et se comportaient en ouvrant la porte. Laissant ainsi la situation proposer « les modes relationnels » plutôt que d’agir selon la tendance paisible et posée évoquée ci-dessus.

Toujours, ils les accueillait avec bonté. Mais lorsqu’il était déjà “au service” d’une personne, il lui arrivait de ne pas répondre à la personne suivante frappant à la porte.

Un jour une personne frappe avec force. Il ouvra alors avec une grande douceur, mais celle-ci n’avait pas eu le pouvoir d’apaiser cette personne visiblement en colère. Elle lui en voulait de l’avoir laissé attendre des heures dehors et lui exprimait son mécontentement avec colère. Mon maître l’accueillit néanmoins avec amour et la laissa s’exprimer tout en lui préparant un thé accompagné de petits gâteaux.

J’étais alors comme un petit enfant découvrant la magie et la bonté des maîtres. Cette scène est gravée en mon coeur.

Cette personne en colère avait vraiment besoin d’un refuge et de se libérer d’une colère ayant ses racines bien ailleurs que dans le coeur de mon maître.

Je me souviens de la façon dont mon maître l’invita à entrer, à s’assoir sous les photos de maîtres de la lignée spirituelle kagyu et du Bouddha. Je me souviens aussi de toute l’application qu’il mit à préparer le thé.

Ce jour-là, les gestes et l’attitude de mon maître furent une leçon sur comment traiter les autres, fussent-ils en colère contre nous. Cette scène me montra que nous avons tous en nous la capacité d’aimer. Ce fut une leçon, une “intronisation de mon coeur”, une initiation.

Cette situation m’éclaira non seulement sur les actes vertueux de mon maître, mais aussi sur la beauté et la puissance de sa bonté, de son intériorité.

Plus qu’en écoutant des conférences ou en lisant des livres, c’est en passant du temps auprès de maîtres qu’on comprend leur intériorité. A ces moment là, lorsque nous portons attention à la façon dont ils traitent autrui,  nous sommes comme sous intraveineuse de bonté, nous sommes sous leur influence spirituelle positive!

Observer et ressentir les maîtres

Observer et comprendre comment les maîtres abordent la vie et traitent autrui a un profond impact sur nos vies.

L’une des leçons que j’appris de mes maîtres en les observant dans leurs actes est l’importance “d’introniser” autrui. Les individus pensent et agissent très souvent bien en-deça de leur potentiel. La spiritualité, et donc l’activité des maîtres, consiste à leur remontrer leur potentiel et à les aider à le manifester. On parle alors de “transmission de pouvoir”, c’est à dire l’activation (au moins en partie) d’une capacité chez le disciple.

Si les initiations (rituels tantriques) et la pratique de divinités tutélaires ont cette mission, les actes et paroles du maître sont aussi de puissants moyens au service d’autrui. On parle des 4 activités altruistes (pacification, rassemblement, accroissement et éradication).

Impacter autrui

Si nous venons d’évoquer l‘activité des maîtres, nous pouvons aussi nous autoriser à considérer que dans nos propres vies nous pouvons impacter autrui, positivement ou négativement:

Nous côtoyons de nombreuses personnes (enfants, proches, collègues, amis, personnes que l’on croise…). Et nous avons une influence sur eux, et ils ont une influence sur nous. Nous vivons dans un tissu d’inter-relations, d’inter-connexions.

Chaque regard, chaque parole, chaque sourire ou poignée de main, chaque interaction peut influencer quelqu’un voire peut changer le cour de sa vie!

Que ce soit de façon positive ou négative.

Les maîtres veillent à influencer les autres positivement. Vous avez, vous aussi la possibilité de considérer cette réalité: vos interactions ont de l’influence.

Influencer autrui (dans le sens d’inspirer, élever, encourager, guider…) est l’un des actes vertueux les plus importants que l’on puisse faire en directions de nos semblables. C’est l’idéal du boddhistava, celui qui se dédie au bien d’autrui.

Influencer autrui c’est ne pas le critiquer.

Influencer autrui c’est ne pas le juger.

Influencer autrui c’est ne pas être cynique avers lui.

Influencer autrui c’est louer ses efforts et ses progrès, qu’il soient petits ou grands.

Influencer autrui c’est mettre en veilleuse votre égo.

Influencer autrui c’est l’autoriser à se connecter au meilleur qui est en vous.

Influencer autrui c’est contagieux.

Influencer autrui c’est lui donner le sentiment qu’il est aimé.

Influencer autrui c’est montrer à chacun qu’il n’est pas transparent: la caissière du supermarché, l’agent de service aux toilettes de l’aéroport, l’éboueur… sont des êtres sensibles tout comme nous.

Influencer autrui c’est lui sourire, lui demander comment va sa santé, son bien-être, le remercier pour ses services et lui souhaiter une bonne journée.

Influencer autrui c’est se réjouir de son bonheur et le féliciter pour ses accomplissements. Le féliciter de toutes les façons possibles. Toujours!

Influencer autrui c’est s’identifier à lui.

Influencer autrui c’est facile. Cela ne nécessite aucun effort.

Influencer autrui c’est sourire quand quelqu’un nous approche.

Influencer autrui nous influence.

Influencer autrui contribue à un monde meilleur.

Influencer autrui c’est être ému par ces paroles de Maya Angelou, poétesse, écrivaine, actrice et militante américaine, figure importante du mouvement américain pour les droits civiques:

 

“J’ai appris que les personnes vont oublier ce que vous avez dit, ce que vous avez fait, mais les personnes n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir.”

Maya Angelou

 

Influence et confiance en soi

Notre capacité à influencer autrui dépend de notre propre confiance en soi. Aimer autrui sincèrement polira notre coeur et l’image que nous avons de nous. Aimer autrui renforce la confiance en soi.

Et lorsque nous louons autrui, en nous appuyant sur des faits et paroles objectives, nous aidons l’autre à renforcer sa confiance en soi.

 

Pourquoi louer la moindre qualité ou progrès d’autrui

Nous possédons TOUS la nature de bouddha et il nous reste seulement à la reconnaitre, à la dévoiler. Les maîtres le savent et voient ce potentiel en le coeur de chaque être. C’est pourquoi ils ne désespèrent jamais d’un disciple et, de façons diverses, l’encouragent sur la voie.

Lorsqu’on n’a pas en tête le potentiel d’autrui, nous pouvons nous arrêter à ses failles, à ses zones d’ombre et porter des jugements.

Il en va des jugements que l’on porte sur autrui mais également de notre façon de considérer nos propres maîtres(1). S’ils oeuvrent à notre élévation via les 4 activités évoquées plus haut, nous ne percevons pas toujours la pureté de leurs attitudes à notre égard, nous interprétons leurs actes et paroles, tout en leur prêtant des pensées qui ne sont pas celles qui les habitent. Dans ces situations nous n’avons pas de vision pure.

La notion de vision pure concerne notre regard sur nos maîtres de chair et d’os mais également notre connexion avec notre propre nature de bouddha, notre nature profonde. Lorsque nous connaissons ce qui nous éloigne de cette nature profonde, nous reconnaissons l’intention juste des actes, paroles et pensées de nos maîtres de chair et d’os à notre égard qui ne cessent de vouloir dissiper les voiles qui nous séparent de la contemplation de notre nature de bouddha.

Pou ce faire ils pourront avoir des attitudes pacifiante, des attitudes responsabilisantes, des attitudes encourageantes, des attitudes énergisantes… voire des attitudes que nous ne comprendront pas. Ces dernières étant souvent destinées à couper court à des schémas qui nous font tourner en rond.

Et le couple?

On me pose souvent des questions en lien avec le couple. Car quand l’un se met à méditer il constate souvent que l’autre lui semble « à la traine » ou trop éloigné de ce type de considération.

Les conseils donnés dans cet article valent aussi, et peut-être surtout dans un couple: les partenaires ont des trajectoires différentes, et chacune a sa valeur. Vivre à deux produit un effet loupe sur les défauts des partenaires et masque les qualités. Parfois, l’accumulation de petits défauts empêche de voir d’énormes qualités!

A méditer 😉

Il en est de même avec nos maîtres. Les textes traditionnels disent qu’il vaut mieux vivre à sept vallées de notre maître. Cela permet de garder une vision pure. Seuls les disciples ayant une grande vision pure appréhendent la relation sous un angle juste, même quand ils ne comprennent pas tout. Nous ignorons parfois sous quelles portes bases nous devons passer pour dissiper les voiles des émotions, des conditionnements, du karma et de l’ignorance fondamentale…

Un maître pourra difficilement vous guider si vous portez un regard négatif sur ses actes et paroles à votre égard. Dans ce cas:

1- Posez-lui des questions.

2- Voire, cherchez un maître pour qui vous aurez de la vision pure ou au moins le réflexe de vous dire « Je ne comprends pas, je comprendrai plus tard. »

L’absence de vision pure du disciple le transforme en bol souillé. Tes souillures dénaturent l’enseignement transmis.

A méditer 😉

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Pour conclure cet article et illustrer l’importance de toujours louer autrui, je vous invite à regarder cette vidéo. Je ne comprends pas l’italien mais les actes et attitudes parlent. Vous noterez que la performance ne mérite peut-être pas le buz doré qui place le candidat directement en demi-finale ou en finale. Le buz doré est peut-être une forme de confession de la part du jury moqueur avant la prestation 😉

(1)   Par maître entendons ici des maîtres de sagesse ayant des réalisations spirituelles profondes qui oeuvrent au bien d’autrui avec leur coeur.

Si vous avez aimé cet article et que vous souhaitez transmettre ces conseils à des amis, un partage d’article fera des heureux 😉