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Pensez-vous qu’il faille être parfait pour s’éveiller ? Pensez-vous que les êtres réalisés sont parfaits ? Vos défauts sont-ils de réelles imperfections ? Cet article devrait vous surprendre, mais il devrait surtout vous donner beaucoup d’espoir ! Oui la magie des sages opérera bien avant que vous ne soyez parfait ! C’est pourquoi la recherche de la perfection n’est pas un but mais un sérieux doute qui masque votre nature profonde éveillée déjà présente ici et maintenant.

Cet article contribue à l’évènement L’éloge de l’imperfection par Régis du blog Moment Présent en partenariat avec le portail Développement Personnel.

Vos imperfections sont précieuses

Vos imperfections seront autant d’indicateurs qui pointeront vers leurs antidotes. Un maître qualifié saura vous donner les instructions habiles pour intégrer vos imperfections sur le chemin. Vos imperfections seront ainsi précieuses pour vous indiquer des chemins de vertu et de libération.

Vos imperfections comme voie vers la vertu

La voie spirituelle Lo-djong (L’entrainement de l’esprit) est une alchimie altruiste libératrice qui utilise l’adversité et les affects négatifs. J’enseigne régulièrement sur le sujet au sein de l’association Milarépa-Paris.

Vos émotions et les tantras

Vos imperfections, tendances émotionnelles négatives… sont des énergies qui peuvent être utilisées sur le chemin spirituel. Dans la pratique des tantras elles sont le carburant sur le chemin : vos tendances émotionnelles sont à même de vous lier à la contemplation de votre nature de bouddha. Votre divinité tutélaire (le moyen habile qui vous permettra de cheminer vers l’éveil) pourra même avoir le « caractère » de vos émotions perturbatrices… tout en étant doté d’amour et d’altruisme.

Méditons : êtes-vous vos imperfections ?

En notre esprit s’élève une multitude de pensées, d’émotions, de qualités, de défauts… notre esprit est ce « roi qui fait tout » créatif… Il est un « réceptacle vierge, profond et cosmique » où tout peut s’élever (sons, images, odeurs…) sans obstruction. Le rêves en est la parfaite illustration, mais l’état de veille également.

Prenez un temps de recueillement pour méditer cela : votre esprit est ce réceptacle où tout s’élève.

[…] C’est fait ?

Prenez conscience de la multitude des phénomènes qui émergent en votre conscience chaque jour (sons, images, odeurs…)

[…] C’est fait ?

Prenez conscience de la multitude des phénomènes qui émergent en votre conscience ici et maintenant (sons, images, odeurs…)

[…] C’est fait ?

Toutes ces apparitions sont votre esprit mais ne sont pas votre nature profonde. Vos affects et émotions perturbatrices naissent de vos tendances et conditionnements mais ne sont pas votre nature profonde.

Votre nature profonde est spacieuse, pure…

Nous reviendrons sur ce sujet plus loin dans l’article.

Quelques fondamentaux

Le sujet de la perfection et de l’imperfection est vaste et profond. Aujourd’hui vous allez mettre un coup de balai sur quelques idées reçues qui sont un sérieux frein à votre avancée spirituelle. Vous allez découvrir également en quoi vos imperfections sont pleines de qualités ! Pour goûter à quelques pépites, il vous faudra faire une petite halte et placer quelques repères. L’étude est un indispensable préliminaire pour gouter l’expérience avec une vue juste et féconde. Il est très important d’investir quelques minutes pour étudier avant de passer à la pratique : prenez le temps d’aller vite !!

Votre nature de bouddha

Les diverses écoles du bouddhisme peuvent se répartir en deux catégories :

– les écoles disant que l’état de bouddha s’obtient après un cheminement progressif ;

– les écoles considérant que notre nature profonde est déjà, et depuis toujours, éveillée : nous possédons la nature de bouddha. (C’est cette approche qui nous intéresse dans cet article.)

Notons qu’il n’y a donc pas un bouddha mais une multitude d’être éveillés à leur nature de bouddha. Il y a les bouddhas symboliques et les bouddhas réels (les êtres réalisés faits de chair et d’os), mais il y a avant tout LE bouddha ultime : votre propre nature de bouddha. Il est impossible de connaître le nombre des bouddhas, il n’y a pas de statistique sur le sujet 😉  et les « réalisés authentiques » n’ont pas besoin de s’afficher comme tels. Et vous verrez qu’il existe plusieurs degrés de réalisation.

L’approche des soutras

Dans la première catégorie d’écoles, il vous est conseillé de pratiquer la vertu et la sagesse pour peu à peu polir votre esprit. Dans ce cadre, pratiquer la générosité, l’éthique, la patience, la persévérance, l’enthousiasme et la sagesse vous permettra de pacifier l’orgueil, l’opacité mentale, le désir-attachement, la jalousie et la colère-aversion qui se combinent entre elles et se déploient en de nombreuses variantes, l’égo (produit de l’ignorance fondamentale) étant leur siège et leur chef-d’orchestre.

La longue pratique intensive, voire « massive », des vertus transcendantes (générosité, éthique, patience, persévérance, enthousiasme et sagesse) vous mènera à l’actualisation de votre nature de bouddha. Leur pratique s’accomplit au quotidien dans le monde mais aussi en puissance au travers de méditations et rituels savamment construits. Les fruits de votre pratique seront directement liés à votre assiduité et à votre investissement en la pratique, la lecture de livres, fussent-ils extraordinaires, ne suffira pas ! L’esprit est à polir avec de « l’huile de coude »…

L’approche des tantras

L’approche des tantras considère d’emblée que notre nature profonde est déjà éveillée ! Dans le Gyu Lama il est écrit :

De même que l’espace, qui est par nature sans discrimination, pénètre partout, ainsi l’Essence immaculé, qui est aussi la nature de l’esprit, est omniprésente.

[…] Cette caractéristique commune de L’Essence de Tathagata pénètre les êtres qui sont sous l’emprise des fautes, ceux qui ont des qualités et ceux qui ont atteint l’Ultime, tout comme l’espace pénètre toutes les formes inférieures, moyennes et supérieures.

L’éveil n’est donc pas à obtenir mais à reconnaître, au cœur même de vos imperfections. Ceci est une excellente nouvelle non ? Oui mais la chose n’est pas évidente à faire.

Comment reconnaître notre nature de bouddha

Il serait dérisoire de traiter ce sujet en un bref article introductif. Disons que reconnaître notre nature de bouddha, c’est reconnaitre la nature des phénomènes (phénomènes sensoriels et cognitifs) qui s’élèvent en notre esprit ; cette reconnaissance ayant de profonds effets positifs sur nos affects perturbateurs. Cette reconnaissance peut s’opérer au cœur même de notre chaos et ce quelques soient nos imperfections.

Méditons : nos imperfections participent de la perfection !

Sur un plan relatif, nos défauts peuvent avoir des effets négatifs. Parfois ces défauts recèlent aussi des qualités. Je laisse ce champ de réflexion aux autres amis blogueurs participants à l’évènement L’éloge de l’imperfection organisé. Ici je vous propose une approche radicale : coupons à travers nos imperfections ! C’est une approche propre au Mahamoudra et au Dzogchen, deux écoles himalayennes aux pratiques avancées. Derrière la simplicité, ce qui suit est une pépite.

Allons droit au but :

Considérez une émotion négative qui vous parcourt régulièrement… Laissez-là émerger en vous (à dose homéopathique)… Je vous laisse vous immerger en sa présence…

[…] C’est fait ?

Nous sommes tous experts pour vivre ces émotions que nous endurons. Au cœur de celles-ci notre mental galope, notre égo trouve mille et une façons de se justifier… Nous sommes dans l’affect, les mots et le ressenti physique viscéral. N’est-ce pas ?

Coupez !

C’est le moment de vous ouvrir à un autre type de regard. Vous êtes-vous déjà demandé quelle est la forme de cette émotion ? Non ? Et bien retourner à nouveau au cœur de cette émotion et observer sa forme … Prenez le temps, cherchez, cherchez… et demeurez en le fruit de votre quête.

[…] C’est fait ?

Vous êtes-vous demandé quelle est la taille de cette émotion ? Et bien retourner à nouveau au cœur de cette émotion et observer sa taille

[…] C’est fait ?

Vous êtes-vous demandé quelle est le poids de cette émotion ? Et bien retourner à nouveau au cœur de cette émotion et observer son poids

[…] C’est fait ?

Vous êtes-vous demandé quelle est sa texture de cette émotion ? Et bien retourner à nouveau au cœur de cette émotion et observer sa texture

[…] C’est fait ?

Vos réponses m’intéressent. Les commentaires en bas de page sont là pour ça. Sur la base de vos réponses je guiderai votre méditation de façon personnalisée.

Je vous invite à méditer le plus régulièrement possible ainsi sur vos pensées, vos affects, vos sensations (sons, odeurs, images, goûts et sensations corporelles). Ce type de méditation est très profond et peut constituer une voie de libération à part entière, à condition d’être guidé par une personne qualifiée.

Changez de paradigme : contemplez

D’ordinaire, nous focalisons notre mental sur le sens, les causes extérieures et la force de nos émotions perturbatrices. Mais orientez-vous votre regard vers la nature de vos émotions ? Procéder aux méditations ci-dessus vous initie au regard intérieur contemplatif sur la nature des émotions, des pensées. Ce type de méditation est appelé « méditation analytique contemplative », il vise à développer la vue profonde (laktong en tibétain). Il vous fait passer d’un mode émotionnel à un mode contemplatif aux très nombreux bienfaits. Cette série de questions étaient une introduction à la méthode, il en existe bien d’autre. Posez-vous ces questions des milliers de fois et faites-moi part de vos résultats d’enquête.

Seul un maître qualifié pourra guider votre méditation analytique sur le sujet. Vos réponses aux questions lui permettront de vous guider vers la contemplation de votre nature de bouddha…

Durant mes cinq longues années de stricte retraite dans un cadre traditionnel himalayen, j’ai reçu la transmission d’outils pour pacifier l’esprit et le placer en la contemplation de sa nature profonde.

Toutes vos pensées, toutes vos émotions, sont vacuité !

Découvrez maintenant où ce genre de méditation peut vous mener.

Vous avez peut-être déjà entendu ce terme « vacuité », mais en avez-vous expérimenté le sens, la saveur ? Il est tellement compris de travers…

Si vous cherchez les pensées, vous ne pouvez les localiser, vous ne pouvez les attraper. Elles sont l’union de l’apparence et du vide. C’est cette union que l’on nomme vacuité. Les pensées ne sont pas « rien » puisqu’elles se manifestent. Mais bien que se manifestant vous ne pouvez les trouver, les attraper, caractériser leur forme etc… Elles sont vides de forme, de poids etc… Bien qu’étant vides elles se manifestent… Elles sont au-delà des extrêmes de l’existence et de la non-existence.

Mais d’ordinaire, nous nous focalisons sur leur manifestation, leur « énergie », leur force… plutôt que sur leur inexistence. Aiguiser votre regard et l’orienter vers cette dimension est la clé que vous offrent les bouddhas. C’est un peu comme regarder la lumière sur la toile de cinéma plutôt que de discerner les pseudo-personnages qui s’y manifestent. Contemplez la nature des pensées et des émotions au lieu de rester magnétiser à leur « forme », à leur énergie, à leur contenu.

Vous auto-libérer des émotions

Opérer ainsi avec vos affects, avec vos pensées, vous fera zapper d’un mode affectif à un mode contemplatif libérateur. Quand vous serez familier(e) avec ce type de méditation vous pourrez vous auto-libérer des émotions perturbatrices très rapidement.

Contemplez la nature de l’esprit

Contempler la clarté-vacuité des pensées, des affects, des sensations, c’est contempler la nature de tout ce qui s’élève en l’esprit, contempler la nature de l’esprit, contempler notre nature de bouddha. Mais il y a un fossé entre s’exercer à ce type de contemplation et en faire l’expérience directe. L’expérience directe pacifie puis dissipe les 51 facteurs mentaux perturbateurs (kléshas) et conduit à la libération de la souffrance, à la sortie du samsara. Sortir du samsara ne signifie pas quitter ce monde, cela signifie jouir du monde sur un mode d’être non soumis aux facteurs mentaux perturbateurs.

Des moyens habiles pour contempler

Tout l’art des tantras prend sa puissance à partir du moment où le pratiquant est en capacité de contempler la nature de son esprit. Avant d’avoir développé cette capacité, la pratique des tantras est factice. Les pratiques tantriques prennent la puissance sur la base de cette capacité. C’est pourquoi les rituels tantriques, dans le cadre himalayen, commencent tous par un hommage aux maîtres réalisés dont le premier de la liste est le bouddha primordial : votre propre nature de bouddha. Ce tout premier hommage en début de pratique est donc l’indication qu’il faut d’emblée se mettre en la contemplation de notre nature de bouddha, tout le reste du rituel étant des moyens habiles pour reconduire cette contemplation d’instant en instant. Tel est l’avis de Djamgoeun Kongtrul, un très grand maître tibétain du XIXe ayant compilé une très grande quantité de pratiques de toutes écoles confondues. Que l’on ne se mente donc pas à soi-même : pratiquons-nous réellement les tantras sur ce mode-là ???

Ceci dit, les tantras vous permettront aussi de dissiper rapidement les voiles qui masquent votre nature de bouddha.

Énergie positive des défauts

Chaque émotion perturbatrice a une qualité permettant de vous replacer en la contemplation de la nature des émotions, à  la nature de l’esprit. Il est donc possible d’utiliser l’énergie de notre chaos pour nous en libérer. C’est toute l’alchimie des tantras. Par exemple, la tendance à la colère est une puissante énergie qui permet de nous lier à la contemplation de notre nature profonde. La clé étant de pouvoir la réorienter en cette direction, chose infaisable si nous n’avons pas été introduit effectivement à la nature de l’esprit par un maître qualifié.

L’ensemble des émotions perturbatrices peuvent être transmutées en énergies de sagesse. Certaines pratiques avancées, comme les 6 yogas de Naropa ou les 6 yoga de Nigouma, permettent d’utiliser nos tendances égotiques pour purifier de façon subtile et profonde les émotions, les conditionnements, le karma…

Première terre de bouddha

Mais, me direz-vous, si nous contemplons notre nature de bouddha le travail est fini ! Et bien non ! Contempler notre nature de bouddha n’est que le début d’une purification subtile qu’il faut entreprendre au long terme. Des voiles subtiles restent à purifier. Reconnaître notre nature de bouddha c’est comme éteindre un feu. Mais une fois ce feu éteint, son odeur demeure…

Fondamentalement notre esprit participe de la nature de bouddha, mais sur un plan relatif, plusieurs niveaux de réalisation peuvent être identifiés. Leur nombre diffère d’une école à l’autre. Dans le mahayana, le premier niveau est atteint lors de l’apperçu de la réalité (contemplation de la nature de l’esprit). Ce stade est parfois appelé « la première terre de bodhisattva » ( 1° dasa-bhumi). A ce stade, vos croyances « naïves » sur la vacuité seront dissipées, vous réaliserez la vacuité du soi et des phénomènes, votre éveil sera désormais assuré. Cette première terre se nomme « JOYEUSE » car elle est comme la découverte d’un trésor par un mendiant.

Au fil des terres de bouddha

On l’appelle Terre car elle est le support ou la base des qualités propres à l’étape suivante : la deuxième terre. Au fil des terres, vous éliminerez progressivement les passions subtiles et l’ignorance subtile d’où découle l’obscurcissement cognitif. Parallèlement, vous développerez de nombreux pouvoirs spéciaux

Dans le mahayana, les dix terres ou boumi sont dix niveaux successivement franchis. A la dixième terre vous serez un bouddha parfaitement accompli.

La progression vers la dixième terre est très longue et sa longueur dépend de vos efforts en la pratique.

Dans le vajrayana (bouddhisme tantrique),  l’application de puissants moyens habiles dans la pratique permet de franchir les terres beaucoup plus rapidement (que dans le mahayana), en quelques vies ou même en une seule. 

Philippe Cornu

Comment prendre soin de vous

Avec un regard plein de tendresse à votre égard, regardez ce qui s’élève en vous comme étant des vols de papillons… des volutes de fumée d’encens… des corbeaux noirs passant au-dessus de votre tête… mais ne les laissez pas y faire leur nid… Ne leur donner pas plus d’importance qu’ils n’en ont :

Ce ne sont que des apparences passagères nées de nulle part, demeurant nulle part et retournant nulle part…

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http://www.terresderepos.tv/bouddha-meditation-perfectio