dalai-lama1L’attitude qui nous conduit à considérer le bien-être des autres comme plus important que notre propre bonheur est la seule valable.

Elle nous encourage peu à peu à nous sacrifier toujours d’avantage pour les autres. Dalaï Lama

N’avons-nous pas entendu dire : « Charité bien ordonnée commence par soi-même » ?

Je vous invite à unir la pertinence de ces deux approches. Cet article est un commentaire des propos du Dalaï Lama.

A la lecture de cette citation du Dalaï Lama, vous serez sans doute nombreux à dire :

« Oui mais… se sacrifier n’est pas souhaitable, c’est se nier. »

Vous allez découvrir pourquoi le terme sacrifier n’est peut-être pas le mieux choisi pour traduire le Dalaï Lama. Mais vous découvrirez aussi pourquoi il peut-être rparfaitement adapté !

Le premier enseignement du Bouddha

Après son éveil, le Bouddha rencontra ses ex-compagnons d’ascèse au Parc des Gazelles et leur fit son premier sermon sur Les Quatre nobles Vérités. L’un des points essentiels de cet enseignement désigne les facteurs mentaux illusoires perturbateurs (les kléshas) et le karma comme étant la source de la souffrance.

Ces facteurs mentaux conduisent à la saisie d’un soi, un moi (l’égo), qui est le siège et la source des émotions perturbatrices. De nombreux jeux de l’égo nous replacent sans cesse en des mécanismes qui nous enracinent en cette fichue saisie d’un soi. L’égo est ainsi un « roi qui fait tout » qui s’autoproclame. Il nous place alors en un mode dualiste « moi et les autres, moi et le monde ».

Ce mode d’existence à soi-même n’est pas notre vraie nature, notre vrai visage ; c’est un mode «second », qui arrive dans un second temps avec le mental égotique.

Les moyens habiles du chemin spirituel vont peu à peu de dissiper les voiles et tendances qui génèrent les mécanismes dualistes qui conduisent aux émotions perturbatrices.

Etre libre des 3 cercles

Parmi ces moyens habiles se trouvent l’altruisme et l’attention portée aux autres : lorsque notre attention altruiste est portée toute entière sur autrui, nous sommes « dégagés » de nos mécanismes égotiques. Cette attitude, lorsqu’elle est répétée de très nombreuses fois, permet ainsi de pacifier peu à peu les mécanismes dualistes. Au cœur de la véritable attitude altruiste l’esprit de l’individu ne génère pas de pensées dualistes, il est « libre des trois cercles » :

          Personne qui soit altruiste

          Pas d’action altruiste

          Pas de destinataire de l’altruisme

Pour faire simple, l’action altruisme est alors spontanée et faite sans saisie.

L’altruisme est donc un puissant moyen pour dissiper nos mécanismes égotiques. L’esprit ne peut pas en même temps considérer autrui et considérer notre égo. Il peut osciller entre les deux mais ne peut pas être en les deux considérations en même temps. Se tourner vers autrui est donc un puissant moyen de purification.

C’est pourquoi le Dalaï Lama déclare :

L’attitude qui nous conduit à considérer le bien-être des autres comme plus important que notre propre bonheur est la seule valable.  Dalaï Lama

Et la morale ?

Par valable, il signifie probablement que seuls les mécanismes qui nous extirpent de nos mécanismes dualistes et égotiques nous dirigent vers la libération,  puisque son discours vise avant tout à nous enseignent les moyens de nous libérer. Sa phrase n’est pas un jugement de valeur propre à la morale moderne, c’est une phrase qui nous enseigne la morale dans le sens où elle était enseignée au temps du bouddhisme ancien.

Dans le bouddhisme la morale désigne « tout ce qui permet de nous reconduire, de nous replacer en notre nature de bouddha ». Cette acception n’est donc pas vraiment celle que l’on envisage en occident sous ce terme.

Mais les fruits de cette morale contribuent aux deux biens : le bien d’autrui et notre propre bien.

Sur un plan plus terre à terre, si nous nous préoccupons seulement de notre propre bonheur, nous risquons d’avoir des actes et paroles qui font du mal à autrui, qui manquent d’éthique.

Le sacrifice est-il libération ?

Oui, en nous arrachant à nos mécanismes égotiques qui nous enchaînent à notre vision étriquée de nous-même, nos nous reconnectons à notre vrai visage, à notre vrai nature de bouddha. Nous accomplissons ainsi notre propre bien.

En nous focalisant sur le bien d’autrui nous pensons souvent nous négliger, nous sacrifier. La notion de sacrifice indique la présence d’une entité à sacrifiée. C’est donc un terme appartenant au « dictionnaire de l’égo », un terme s’exprimant depuis un état dualiste.

Accéder à notre mode d’être a-centré c’est réaliser notre vrai visage, notre vrai nature profonde. En cette Terre de Repos, où rien n’est là pour endurer la souffrance, le terme sacrifice devient caduque… Dans ce sens là, la notion de sacrifice est donc un vrai faux débat.

Que faire avant d’avoir cette capacité ?

Mais avant d’en arriver à ce stade de réalisation, il convient de trouver le juste équilibre entre « donner à manger à l’égo » et « dissiper les mécanismes égotiques ».

D’après la psychologie et l’opinion commune, il semblerait nécessaire de nous nourrir, de nous structurer pour être heureux.  C’est sans doute vrai, mais au moment de songer à la notion de « sacrifice mystique », qui n’a rien de contradictoire avec le bonheur… au contraire !, il convient de ne pas tergiverser et d’oser plonger en l’ouvert de notre vraie nature… en lui sommeille et fleurissent mille et une merveilles ! Les sages les goutent et savent qu’elles sont DÉJÀ dans le creux de nos poches. C’est pourquoi ils nous les promettent, nous les prédisent… et demeurent en un doux altruisme au cœur d’un doux sacrifice perpétuel d’un égo non-né…

Pas besoin de mourir pour exister

Au cœur de ma longue retraite de 3 ans et 3 mois « cloitré », lors d’un enseignement sur les tantras, mon maître a déclaré « Il n’est pas besoin de mourir pour exister. »

Même si l’actualisation du mode d’être a-centré est libération, n’oublions pas que l’égo, une fois reconnu dans sa nature illusoire, peut briller et être utile. Bien que sa nature soit illusoire, son essence est clarté : il se manifeste.

Une fois qu’il a reconnu sa nature profonde, le non-être peut alors incarner une vie sacrée, vivre au cœur d’une fierté divine… sa vie est alors l’union de la vie et de la non-naissance.

Milarépa, le célèbre yogi et anachorète tibétain du XIe siècle, a dit :

MILAREPA 1MINI

« Je n’ai pas peur de mourir

J’ai peur de renaître. »   Milarépa

Milarépa

Dans les précieux enseignements de la tradition Shangpa, à laquelle « j’appartiens », cette notion est appelée « non-mort non-errance » et constitue le pinacle des enseignements de cette lignée aux multiples détenteurs.

Un magnifique livre composé de chants de réalisation de maîtres éveillés de cette lignée vous fera flirter et méditer avec ces notions:

chants immortalité

Les chants d’immortalité – Ed. Claire Lumière

(cliquez sur l’image)

 

Et vous, avez-vous l’impression de vous sacrifier, de vous être sacrifié(e) ?